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de son administration, lord Grey surpassa les espérances de ses amis, et il trompa celles de ses ennemis, qui s’étaient trop pressés de le donner pour un vieillard usé de corps et d’esprit. Sa conduite et son langage ne furent point au-dessous de sa situation. Il montra du courage, de la fermeté, de la promptitude. D’ailleurs, son amertume et ses rancunes d’autrefois parurent ne s’être ni adoucies ni calmées.

En 1831, la chambre des communes rejeta le bill de réforme. Le parlement fut dissout après des scènes de confusion et de désordre sans exemple dans nos annales. Un nouveau bill obtint aux communes une immense majorité, mais il fut repoussé en octobre par les pairs. La guerre recommença en 1832. Un troisième bill, peu différent du précédent, fut voté d’emblée à la chambre des communes, et traversa, chez les lords, l’épreuve de la seconde lecture, à une faible majorité. Mais lorsque les clauses furent examinées, une à une, en comité, l’opposition de la pairie se ranima si violente, que lord Grey, désespérant de la vaincre, se vit forcé de résigner le pouvoir. Cependant tous les efforts du duc de Wellington, pour reconstruire une administration tory, avaient été vains. Lord Grey, ramené sur les bras du peuple, remonta triomphant à son poste. Les lords, intimidés, cédèrent. Leur vote silencieux consacra le triomphe du bill.

La bataille était gagnée. Avec la victoire commencèrent pour lord Grey les difficultés réelles. Aussitôt qu’on eut atteint le but important vers lequel les réformistes de toute nuance avaient pu marcher ensemble en bonne harmonie, les dissensions agitèrent les différens corps d’armée de la coalition libérale. Etait-il possible que les sentimens et les principes aristocratiques de lord Grey, de lord Stanley et des autres chefs de la vieille faction whig fussent long-temps d’accord avec l’énergie populaire et l’ardent désir d’innovation qui caractérisaient la grande masse des nouveaux membres appelés au parlement par le bill de réforme ? Mais nous n’avons pas à étudier et à suivre ici tous ces symptômes de dissension. Les questions irlandaises devaient seules suffire à amener le renversement de lord Grey.

Les représentans catholiques de l’Irlande avaient habilement et vigoureusement secondé le ministère pendant la discussion du