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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/744

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et le peuple, lord Grey dit ces mots célèbres : Qu’en tout état de cause il resterait sous le drapeau de son ordre. En somme, il ne sembla plus alors qu’un aristocrate vieilli et désappointé, qui, ayant laissé tomber le masque usé de son libéralisme whig, se montrait sans déguisement ce qu’il était, c’est-à-dire partisan déterminé du statu quo politique.

La surprise fut grande lorsqu’en 1830, au milieu du plus ardent paroxisme de cette fièvre populaire qu’avaient excitée les révolutions de France et de Belgique, lord Grey reparut comme le chef de ceux qui redemandaient la réforme parlementaire. Le duc de Wellington avait été contraint de se retirer. Le vieux whig fut immédiatement chargé par le roi de former une nouvelle administration. Lord Grey avait près de soixante-dix ans. Avec ses habitudes et ses prédilections essentiellement aristocratiques, peut être pouvait-il paraître peu capable de conduire le gouvernail de l’état à travers la crise terrible qui commençait. Il y avait presque une révolution à faire ; il s’agissait de s’appuyer sur le peuple pour emporter de vive force une réforme immense, pour triompher de l’opposition la plus formidable, la plus puissante, la plus compacte qu’un ministère anglais ait eu jamais à combattre. Néanmoins, à bien considérer les choses, on n’avait pas tant besoin d’un chef actif et téméraire que d’un homme de haut rang, irréprochable de caractère, tellement au-dessus des objections, qu’en acceptant le pouvoir, il imposât silence aux prétentions, aux jalousies et aux querelles des candidats multipliés. C’est ainsi qu’au conclave de Rome, la tiare est souvent tombée sur la tête de quelque vieux cardinal paisible et vénéré comme une sorte de compromis entre des rivaux ambitieux. Lord Grey se trouvait à la tête des anciens whigs, et les whigs dirigeaient encore les nouveaux réformistes, parti plus nombreux et plus hardi, quoique moins connu de la nation, moins familiarisé avec la vie publique. Lord Grey coopéra-t-il personnellement au premier bill de réforme introduit en 1831 ? Nous ne nous hasarderons pas à l’affirmer. On attribua généralement la rédaction du bill à lord John Russel et à lord Durham. Toujours est-il que le bill présenté coïncidait singulièrement, comme nous l’avons dit déjà, avec le plan proposé par le jeune Charles Grey en 1797.

Quoi qu’il en soit, dans la direction des campagnes parlementaires