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qu’on ait plus souvent et plus justement accusés de se laisser guider par la prévention et ses animosités particulières. La haine qu’il portait à ses ennemis politiques était âcre et personnelle. Il prenait facilement en aversion ses propres partisans, surtout les plus jeunes et les plus exaltés. Leurs opinions trop enthousiastes lui déplaisaient. Il leur soupçonnait l’ambition de chercher à lui disputer la faveur de son parti.

Dans la vie privée, lord Grey s’est toujours distingué par son honneur et par sa probité irréprochables. Au milieu de la dissipation et des scandales du monde aristocratique et fashionable de Londres, il a donné dans sa maison l’exemple d’une pureté de mœurs et de vertus domestiques presque spartiates. Sa famille est nombreuse. Lord Byron, qui n’admirait pas volontiers le mérite des dames froides et réservées de son île natale, a célébré les filles de lord Grey pour leur dignité modeste et leur grace patricienne. Plusieurs sont mariées depuis long-temps ; l’une d’elles a épousé lord Durham. Du reste, le gendre ne marche pas précisément sur la même ligne que le beau-père. On sait que lord Durham est le chef du parti radical de l’aristocratie.

Les manières de lord Grey, malgré leur noblesse, ont quelque chose de cérémonieux et qui tient à distance. Ses amis disent qu’elles ont de la grandeur, ses ennemis qu’elles sont répulsives. Il est fier, autant qu’il est possible de l’être, de sa dignité personnelle, de sa naissance, de son rang, et, par-dessus tout, de sa consistance politique. C’est ce dernier orgueil, si ordinaire aux hommes publics de l’Angleterre, qui l’a fait se dévouer à la fortune de son parti et lui tout sacrifier. Il a traversé de nombreuses années pleines de troubles, imperturbablement fidèle à la petite tribu de ses amis politiques, quelque changement qu’aient subi leurs opinions et leurs vues dans le cours des évènemens. Les rôles respectifs joués par les tories et les whigs à l’occasion des affaires privées de George IV, montrent que l’espèce de consistance dont nous parlons n’a rien de commun avec la fidélité aux affections particulières. Tant que le prince de Galles fut l’ami des chefs whigs, il trouva dans leur parti des défenseurs et des apologistes. Son extravagance et ses débauches scandalisaient alors la vertu des tories ; ils dénonçaient à la morale Angleterre l’immoralité de la cour de Carlton-House. A peine le même prince, devenu