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bien des talens équivoques en qualité surnagent, tandis qu’ils atteignent à une contrefaçon assez difficile à démêler, et qu’avec le travail, l’instruction, l’imitation de ce qu’on lit, la répétition assez bien débitée de ce qu’on entend, avec tous ces mérites surchargés, on parvient souvent à une sorte de compilation de fond ou de style, décente, et qui fait fort honnête contenance ; en poésie, la qualité fondamentale se dénote aussitôt, la substance des esprits s’y fait toucher dans le plus fin de l’étoffe ; aussi très peu suffit pour qu’on ait rang, sinon parmi les grands, du moins entre les délicats, et qu’on soit, comme tel, distingué de la muse, de cette muse intérieure qui console : ce qui, j’en conviens, n’empêche pas d’être parfaitement ignoré du vulgaire, comme disent les poètes, c’est-à-dire du public. Nous craignons que ce ne soit un peu le cas de l’auteur du roman d’Arthur. M. Guttinguer, vraie nature délicate et poétique, a été jusqu’ici fort apprécié de ses amis, et quoique nous pensions depuis long-temps de lui ce que nous allons en écrire, nous ne l’aurions peut-être,jamais exprimé publiquement sans l’occasion de ce roman d’Arthur, de peur d’un semblant de complaisance. Mais cet Arthur, qu’un hasard heureux, une saison plus recueillie, a laissé écrire avec plus de soin et de suite à un homme du monde redevenu chrétien ; ce roman, bien fait pour plaire à beaucoup, nous permet de parler, selon notre cœur et notre goût, d’un poète aimable, d’un des naturels les plus charmans de ce temps-ci, et auquel il n’a manqué que le travail et l’haleine.

M. Ulric Guttinguer, par son âge et ses débuts, remonte aux premiers temps de notre réveil poétique. Très français et très normand malgré l’origine allemande de son nom, lecteur d’Oswald et de René, il était de ces ames que l’élégie et la romance de Millevoye attiraient plus que les joyaux de l’abbé Delille, et auxquelles la voix de Lamartine et de Victor Hugo est venue apprendre ce qu’elles pressentaient, ce qu’elles soupiraient vaguement. Il s’est trouvé tout aussitôt au courant de cette inspiration nouvelle qu’il n’aurait pas découverte, mais qu’il a saluée du cœur et reconnue pour sienne. Il a peut-être à se plaindre du sort, d’être venu ainsi un peu trop tôt et de n’avoir pas formé son talent sous une seule et même veine. Au reste, homme du monde, et très semblable à ce que les lecteurs pourront voir dans Arthur, le travail