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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/696

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de leurs âpres montagnes. Ils sont plutôt pasteurs que laboureurs, et ils élèvent beaucoup d’abeilles. Habiles nageurs, marcheurs infatigables, ils aiment passionnément la chasse ; comme leurs frères du Riff, ils tiennent avant tout à leur fusil, et font les plus grands sacrifices pour l’orner d’ivoire et d’argent. Ils sont petits de taille, mais robustes et entreprenans ; fiers, audacieux, implacables dans leurs vengeances, ils portent au nom chrétien une haine qui dépasse en fanatisme l’intolérance des Maures eux-mêmes.

Nous avons vu cependant qu’ils laissent vivre au milieu d’eux un grand nombre de juifs ; cette tolérance est attribuée à la croyance où sont les Amazirgues que beaucoup de leurs ancêtres étaient judaïsans, avant la conquête des Arabes, au VIIe siècle, et cette opinion est soutenue par plusieurs historiens arabes et espagnols du moyen-âge. Selon quelques-uns, beaucoup de Berbères auraient encore professé le judaïsme au temps de Tarek ; et un historien de Grenade, Abou-Mohammed, qui écrivait au XIVe siècle l’histoire des rois de Maroc, dit positivement que, parmi les Amazirgues, les uns suivaient la religion chrétienne, les autres la religion hébraïque, d’autres la magie, c’est-à-dire la loi de Zoroastre.

Quant aux Scelloks, ils habitent principalement les parties méridionales de l’Atlas. Bien différens des Amazirgues, ils vivent plutôt de l’agriculture que de leurs troupeaux, se livrent à l’industrie, et versent même dans le commerce européen quelques articles précieux. Au lieu de tentes et de cavernes, ils ont des villages et des villes : leurs maisons, faites de pierre et d’argile, ont des toits de brique ou d’ardoise, et sont armées de tours défensives. Les Scelloks se regardent comme les enfans des habitans primitifs du pays : ils tiennent les Berbères pour Philistins et originaires de la Palestine. Ils ont bien moins d’égards qu’eux pour les juifs, et ils les condamnent à un servage plus humble et plus dur.

Ils diffèrent de leurs voisins par le costume, par une constitution physique moins robuste, et par une disposition naturelle à l’exercice des arts et métiers. Ils sont généralement plus sveltes et plus intelligens. Cette supériorité de civilisation a fait supposer, mais cette opinion n’est pas soutenable, qu’ils descendaient d’une