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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/690

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vue, toute crénelée de rochers bleuâtres, dernières crêtes de l’Atlas. Le Riif est la partie la plus sauvage, la plus agreste de tout l’empire ; c’en est aussi la province la plus turbulente et la plus indisciplinée. Le sultan n’y règne presque que de nom, et son autorité y est toujours en question. Retranché sur sa montagne, comme le faucon dans son aire, le Riffain n’en descend guère que pour se livrer à des actes de rapine et de violence. Il n’est ni pasteur, ni marchand, ni laboureur ; il est bandit. Sa seule industrie consiste à fabriquer de longs poignards aigus, sa plus douce occupation est d’en faire usage. L’impunité est l’apanage héréditaire de ces peuplades indépendantes.

Leur férocité est un objet d’effroi pour leurs voisins. Les Maures eux-mêmes n’osent s’aventurer dans ces redoutables contrées ; et quant aux chrétiens, jamais aucun n’en sortit vivant. Malheur au vaisseau jeté par la tempête sur cette plage inhospitalière ! Autant vaut pour lui se perdre dans l’Océan. Les Espagnols possèdent sur ces côtes quelques présides, qui leur servent de bagnes. Les malheureux forçats qui réussissent à s’échapper ne tardent pas à regretter leurs chaînes. Eblouis par les brillantes fictions des contes orientaux, pleins d’espoir dans cette hospitalité arabe qui est passée en proverbe dans l’Europe entière, les fugitifs s’en vont frapper hardiment à la tente du montagnard ; mais c’est la mort qui les reçoit au seuil. Guidé par un sentiment d’humanité, le gouvernement espagnol a fait répandre dans le pays qu’il paierait une piastre par tête tous les forçats qu’on lui ramènerait vivans, espérant désarmer par l’appât du gain ces bras cruels. Ce moyen a peu de succès dans le Riff ; il en a davantage autour de Ceuta, et il n’est pas de semaine où l’on ne livre au consul d’Espagne, à Tanger, quelque échappé des galères. Une prison a été construite pour les recevoir, et un bâtiment les transporte à jour fixe au-delà du détroit.

Les sauvages du Riff sont surtout contrebandiers. Depuis que la douane, cette importation malheureuse du sol chrétien, a reçu droit de bourgeoisie dans l’empire, le Riffain n’a pas cessé de protester contre elle par ses agressions. Pirate intrépide, il se hasarde sans sourciller sur de frêles barques, et s’en va porter de plage en plage, à travers les tempêtes, ses cargaisons illégitimes. Le lucre, j’en suis sûr, l’entraîne moins que l’esprit de lutte et