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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/688

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Le commerce intérieur se fait par caravanes et par échange. Les caravanes, appelées caffile ou accabe, pénètrent jusqu’à Tombouctou, d’où elles tirent des plumes d’autruche, de l’ivoire, des esclaves, et surtout de la poudre d’or. Voici la manière de traiter. Les Maures déposent leurs marchandises sur une colline et s’éloignent. Alors les noirs viennent les examiner, et placent sous chaque objet déposé la quantité de poudre d’or qu’ils veulent donner en échange ; ensuite ils se retirent à leur tour. Les Maures reviennent, et si le marché leur agrée, ils emportent la poudre, en laissant leurs produits à la place ; sinon, ils emportent ce qu’ils ont apporté, et tout est rompu. Quand les affaires se sont conclues à la satisfaction des deux parties, les défiances cessent ; noirs et Maures se réunissent, et vivent ensemble plusieurs jours, en signe de confiance et d’amitié. Le centre de ce commerce rudimentaire et digne des premiers âges est l’oasis de Tuat, au centre du désert.

Le commerce européen se fait par mer. Tétouan, Rabatt, Mogodor et autres places maritimes en ont le monopole. La première expédition européenne date de 1551, et fut entreprise par un Anglais nommé Thomas Windham, qui trafiquait sur son propre bâtiment, et apporta d’Agadir un chargement de sucre, de dattes et d’amandes. Depuis cette époque, les divers pavillons européens se succédèrent dans les ports du Maroc, et dès la fin du XVIe siècle, la famille génoise des Marini était établie à Rabatt, où elle jouissait de grands privilèges. Il paraît que ces Marini avaient depuis longtemps des relations dans le pays, et nous voyons que dès 1118 ils avaient le monopole des missions au Maroc. Ils en remplirent jusqu’à sept dans le courant du siècle. Un d’eux s’établit même à Fez, y vécut trente ans, et y laissa une postérité riche et honorée. Un fait à noter, c’est qu’une tradition indigène fait descendre la famille royale de la famille génoise.

Nul négociant étranger ne peut se fixer dans l’empire sans une licence de l’empereur, qui ne la refuse à personne, pourvu qu’on ait soin d’appuyer sa demande de riches présens. Mais malgré cette hospitalité intéressée, et les traités de paix et de commerce conclus avec les puissances européennes, il est douteux qu’un chrétien parvienne jamais à faire là une grande fortune ; il y a trop peu de sécurité pour tout ce qui n’est pas croyant, et le préjugé