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sur de petites planches où l’on apprend à lire aux enfans. On leur fait répéter la même jusqu’à satiété : il faut non-seulement qu’ils les lisent couramment, mais qu’ils les retiennent par cœur. Quand ils les savent, on les leur fait copier : c’est ainsi qu’ils apprennent à écrire, tout cela par une méthode qui ressemble beaucoup à la méthode lancastrienne, et qui se retrouve en pratique depuis un temps immémorial, non-seulement au Maroc, mais dans une grande partie de l’Orient et jusque dans l’Inde.

Les enfans sortent de ces écoles quand ils savent lire et écrire ; mais beaucoup y restent jusqu’à ce qu’ils possèdent par cœur le Coran tout entier. Alors ils passent aux lycées supérieurs, appelés Mudaris, c’est-à-dire lieux d’enseignement et d’étude. De là on entre à l’université de Fez appelée Dar-el-i’lm, maison de science, nom qui correspond à celui de Sapienza, donné à plusieurs universités d’Italie. On y apprend, Dieu sait comme, la grammaire, la théologie, la poésie, l’arithmétique, l’astrologie, la médecine ; on y explique les traditions et les commentaires du Coran, auxquels on joint l’étude du droit civil et canonique. C’est à l’université de Fez qu’on prend les grades de taleb, licencié, f’kih, docteur, a’lem, savant. C’est de ce dernier mot qu’est dérivé, par corruption, celui d’ulema par lequel on désigne le clergé mahométan. Le chef de ce corps révéré est le mufti, dont la juridiction s’étend sur tout l’empire, non-seulement en ce qui regarde la théologie, mais encore la jurisprudence. Quant à la langue du Maroc, c’est l’arabe mêlé d’idiotismes amazirgues ou berbères, espagnols, et d’autres locutions tirées des langues étrangères.

Qu’on se figure, pour revenir aux écoles de Tétouan, un troupeau de bambins nus, ou couverts de guenilles, couchés pêle-mêle dans une salle obscure et fétide ; un vieux pédagogue en robe sale et en turban froissé, accroupi sur une table, comme le grand Mogol sur son trône, tenant pour sceptre une formidable verge, et passant ses doigts décharnés dans une barbe verdâtre et hérissée, et l’on aura l’idée des aménités scholastiques du Maroc. Les malheureux captifs entassés dans cet antre répètent en chœur jusqu’à extinction les versets du livre saint. A chaque faute, le maître les reprend avec dureté, si même il ne fait intervenir sa verge.

On parle beaucoup des ablutions musulmanes, et j’espérais trouver à Tétouan des bains passables. Mon espoir fut déçu. On