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les chrétiens n’y sont pas en beaucoup meilleure odeur que les juifs ; seulement on craint les premiers, et la peur est pour eux une sauve-garde. Quand nous passions dans les rues, les habitans nous suivaient d’un œil fanatique et menaçant ; le mot : ansaran ! ansaran ! retentissait autour de nous comme un cri d’anathème. Il y avait, au milieu de ces groupes, d’atroces figures ; leur regard sinistre décelait les appétits féroces de leur ame, leurs lèvres frémissantes avaient soif de sang infidèle.

Malgré notre escorte, nous eûmes à souffrir plus d’une avanie lancée par un bras invisible, une pierre vint frapper une fois à côté de nous. Plus loin, comme j’entrais dans une école, un vieux fanatique me tira violemment par derrière, furieux qu’un chien d’infidèle osât souiller de sa présence les tendres rejetons du prophète. Notre garde intervint, et calma d’un coup de plat de sabre appliqué sur les épaules de ce forcené, avec un flegme tout-à-fait oriental, son zèle intempestif. Plus loin, une jeune fille, que je regardais fixement parce qu’elle se laissait voir, prit la chose en mauvaise part, et ramassa un caillou qu’elle allait me jeter à la tête, si le soldat n’eût désarmé sa main. A quelques pas de là, un jeune homme fit, à l’un de mes compagnons, une obscénité qui lui valut, de la part de l’offensé, un coup de cravache à travers la figure. Si juste que fût le châtiment, les spectateurs s’en émurent ; ils s’indignèrent qu’un chrétien se fût permis de porter la main sur un croyant ; ils eussent été moins blessés et fussent restés muets si la correction, au lieu d’être administrée directement, l’eût été par le soldat. La foule nous suivit long-temps en murmurant.

Telles sont encore à cette heure, à l’égard des Européens, les dispositions des populations africaines. Comme ces barbares sont aujourd’hui nos voisins et que le cours des temps ne peut manquer d’amener, entre eux et la nouvelle colonie, de sérieux débats, il importe de les bien connaître, afin de les vaincre quand la guerre éclatera. On ne trouvera jamais chez ces tribus barbares ni sympathie, ni assistance d’aucune sorte. Leur hostilité nous est à jamais acquise ; ils ne soupirent qu’après notre ruine et ils y emploieront tous leurs moyens. Malheur à qui comptera sur leur neutralité et se fiera à leurs protestations de fidélité ; ce sont de vaines paroles, quand ce ne sont pas, des piéges. On enverra chez eux agens sur agens ; ils promettront tout ce qu’on voudra, ils jureront