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politique fort naturelle en temps de paix, mais qui devenait plus que hasardeuse en face d’une guerre civile. A Paris comme à Madrid, on semblait avoir négligé de tenir compte des obligations résultant de cette guerre, qui entraînaient forcément vers l’opinion libérale, et l’on aima mieux se mettre à la remorque des événemens que d’essayer de les conduire. Aussi, par suite de la position qu’on s’était faite, et de la solidarité qu’on avait assumée, la chute du ministère Zéa parut-elle un coup des plus graves porté à l’influence française, et le traité du 22 avril ne put suffire à l’atténuer.

Ce traité, baptisé d’un nom pompeux, et dont les résultats ont été si modestes, fut conçu, on doit le croire, dans des vues hautes et précises. Penser autrement, ce serait admettre que la politique française, si clairvoyante dans la question belge, s’engageait à l’aventure, pour la stérile satisfaction d’inquiéter les puissances naguère représentées à München-Graëtz, dans de vagues stipulations dont elle laissait au hasard le soin de fixer le sens. Quoi qu’il en soit, à ne juger de cette alliance que par l’acte patent qui la consacre, elle semble d’abord avoir eu pour but exclusif de sanctionner, par l’adhésion à peu près inutile de la France, un fait déjà en cours d’exécution, la coopération d’une division espagnole en Portugal pour en chasser don Miguel et don Carlos, et y rétablir l’autorité de dona Maria.

Exclusivement relatif au Portugal, quoique le préambule rappelle « l’intérêt que les hautes parties contractantes prennent à la sûreté de la monarchie espagnole, » ce traité ne contient aucune stipulation applicable à l’Espagne elle-même ; et le but put en être considéré comme parfaitement atteint par l’expédition de Rodil, l’affaire d’Asseiceira et l’embarquement simultané des deux infans.

Mais quand la guerre de Navarre eut atteint un développement sur lequel le traité du 22 avril prouve évidemment qu’on n’avait pas compté, quand don Carlos eut pris en Biscaye la position qu’avait naguère don Miguel en Portugal, une convention nouvelle [1] vint appliquer au gouvernement de S. M. C. le bénéfice des dispositions dont avait joui celui de S. M. T. F., et le Portugal dut rendre à l’Espagne l’assistance militaire qu’il en avait reçue. De plus, l’Angleterre s’engageait « à fournir au gouvernement espagnol des secours en armes et munitions de guerre, et à l’assister de ses forces navales si cela devenait nécessaire. » La France, enfin, s’obligeait à « prendre les mesures les mieux calculées pour empêcher qu’aucune espèce de secours en hommes, armes, ou munitions de guerre, fussent envoyés du territoire français aux insurgés en Espagne. »

Il suffirait certainement de ce texte pour établir qu’en droit la France

  1. Articles additionnels du 18 août au traité du 22 avril 1834.