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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/662

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par la solide autorité, d’un fait matériel, la prépondérance sociale des classes moyennes appuyée sur la moyenne propriété.

Lorsqu’on affirme qu’il n’y a pas de juste-milieu dans la Péninsule, on a parfaitement raison, si l’on entend par là cette classe intermédiaire hostile à la vieille aristocratie terrienne en même temps qu’inquiète de la turbulence démocratique, redoutant les marquis à l’égal des prolétaires, et dont l’innocente ambition est de faire danser, une fois l’année, ses femmes et ses filles dans le grand salon du palais. Cette classe, représentée aux affaires par l’électorat à 200 fr., est fort loin sans doute, en Espagne, du degré d’importance qu’elle a chez nous ; comment en serait-il autrement en un pays où la presque totalité de la propriété foncière est restée jusqu’à présent grevée de main-morte ou de substitution ? Aussi n’y a-t-il pas à s’étonner que la bourgeoisie proprement dite, à peine parvenue, en France, après quarante ans, à se défendre énergiquement elle-même, ait manqué au gouvernement de la reine dans les terribles crises qu’il a traversées. La garde nationale, cette compagnie d’assurance mutuelle contre toute violence, ne saurait être appliquée au-delà des Pyrénées avec les garanties que cette institution peut offrir ailleurs ; et l’on comprend à merveille les hésitations qu’éprouva sur cette matière le ministère de 1834, et dont témoignent d’une manière si peu équivoque les décrets des 16 et 20 février et du 1er mars de cette année. Pour que le système français, vers lequel gravite l’Espagne, mais qu’elle est encore si loin d’atteindre, existe en ce royaume avec toutes les conditions de sa force, il faut que la révolution soit consommée dans ses effets civils, et que la sécurité publique ait imprimé à la richesse nationale un élan qui ne pourrait manquer d’être rapide ; alors seulement on sera en position d’attendre de la classe moyenne un dévouement dont son intérêt seul est la mesure et le gage.

Quoique l’opinion générale des villes fût favorable au système représenté par M. Martinez de la Rosa, si ce n’est peut-être dans quelques cités maritimes du midi, il est certain que les intérêts bourgeois n’offraient pas par eux-mêmes une base large et solide pour le trône constitutionnel d’Isabelle, et qu’au rebours de ce qui se passe chez nous, il fallait chercher dans la noblesse la principale force du juste-milieu espagnol. Mais pour apprécier avec justesse l’état politique de ce pays, il faut se rappeler qu’en acceptant le statut royal et en se ralliant au gouvernement de la régente, la noblesse n’agit point dans un intérêt spécial, en tant que corps aristocratique. La noblesse espagnole, on le sait, était à peu près sans privilège, et l’espèce d’égalité établie dans ce pays par les habitudes, si ce n’est par les institutions, la dérobait à la jalousie des autres classes, aussi bien qu’à la nécessité de se défendre contre elles. Si la noblesse a fourni de plus nombreux adhérens au système du statut royal, c’est que