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avec chaleur, avec conviction ; il mérite une place auprès des travaux excellens de MM. de Beaumont et de Tocqueville.



CHRONIQUE LITTÉRAIRE.

Nous sommes en décembre, et pourtant la saison littéraire n’est pas encore ouverte. Depuis le grand et légitime succès de Jocelyn, il n’a pas paru en France un seul livre poétique de quelque valeur. Le Théâtre Français, après avoir publié des programmes pleins de promesses, nous ramène à Don Juan d’Autriche et à Lord Novart, comme si Don Juan d’Autriche et Lord Novart pouvaient prétendre à la durée. L’œuvre de M. Adolphe Dumas, vantée pompeusement pendant quelques semaines, comme un chef-d’œuvre inattendu, ne paraît pas même sur le feuilleton de l’affiche, et semble avoir épuisé l’ardeur et l’enthousiasme de MM. les comédiens ordinaires, avant de se présenter sur la scène. Nous sommes habitués à juger sur pièces, et il nous répugnerait de prononcer sur la Fin de la comédie avant de l’avoir entendue. Quoique la Cité des Hommes, début laborieux de l’auteur, ne se distingue pas précisément par la netteté, et quoique la netteté soit une qualité indispensable au théâtre, cependant il n’est pas impossible que M. Adolphe Dumas ait dépensé dans les neuf mille vers de son volume toutes les idées confuses, toutes les paroles sonores et mystérieuses qui chargeaient depuis long-temps sa mémoire. Il n’y a aucune invraisemblance à supposer qu’une fois débarrassé du fardeau importun de ses espérances palingénésiques, une fois en règle avec sa conscience, une fois sûr d’avoir apporté son contingent rimé à cette grande Babel anonyme qui se donne pour la régénération sociale, il ait entrepris une œuvre dramatique, dans le seul intérêt de la passion ou du ridicule. La question, envisagée en elle-même, peut se résoudre dans le sens que nous indiquons. Sans doute il y a plus que de la témérité à tenter la mise en présence de Faust et de don Juan ; sans doute le libertin espagnol et le rêveur allemand sont deux types difficiles à gouverner ;