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cœur. On est tenté à tout moment d’arracher le masque qui recouvre ces beaux yeux languissans et pleins de larmes. D’ailleurs est-ce bien l’œuvre d’une femme de soulever les tempêtes de l’orchestre et de faire mouvoir les chœurs ?

La musique des femmes n’a d’autres interprètes que la voix et le clavier : elles prennent de la musique le parfum, la mélodie, elles respirent la fleur sur sa tige. Autrement, si elles veulent la cueillir, comme les hommes, leurs doigts délicats saignent bientôt. La Malibran trouvait dans ses loisirs de ravissantes inspirations, où serpentaient, comme des salamandres dans la flamme, les mille fantaisies de sa nature ardente. Et pour s’être tenue modestement loin de la scène, Mme Duchambge n’en a pas moins écrit de ces airs empreints de mélancolie et de grâce, qui vous reviennent aux heures de tristesse ; suaves mélodies que chacun aime et que chacun sait par cœur, pour me servir d’une expression charmante des enfans. Trouver la voix des larmes et du cœur, c’est là une assez belle tâche pour occuper les loisirs d’une femme. Le mélancolique Schubert se consolait de ses défaites du théâtre en écrivant le Roi des Aulnes et la Marguerite au rouet.


H. W.