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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/627

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sur une situation qui lui permettait alors de se développer à loisir. Plus tard les dispositions de la pièce, coupée en cinq actes, ayant été restreintes, force, a été à Mlle Bertin d’intervertir l’ordonnance de sa musique, et d’y faire entrer à coups de marteau les péripéties d’un nouveau dénouement. Voici l’histoire de ce cinquième acte. M. Hugo l’avait perché sur les tours de Notre-Dame ; il se passait là entre le sonneur, le prêtre et quelques hiboux, habitans ordinaires du logis. Cependant, lorsqu’on en vint à discuter sérieusement la mise en scène, l’idée de M. Hugo parut impraticable, et le directeur, tout en trouvant le cinquième acte fort sublime, s’efforça d’apprendre à notre grand poète que le vide est un élément trop simple pour qu’on en puisse faire une décoration de théâtre. M. Hugo se résigna donc à renfermer dans sa coquille cet impertinent cinquième acte, qui levait si haut le bout de son nez, et prétendait imiter les vagues du poète latin. La tête rentra dans le corps, la lame dans le fourreau, et M. Hugo composa quelques dixains de plus, qui eurent le double avantage d’expliquer au public un dénouement inexplicable et de ruiner de fond en comble la musique.

Nous passerons sur le poème de la Esmeralda, attendu qu’il serait puéril de vouloir prendre au sérieux cette chose sans consistance, que M. Hugo a gonflée en se jouant, comme ces bulles d’air dont il est question quelque part ans les Feuilles d’Automne. Te souvient-il, lecteur, de l’histoire de cet enfant de Silésie dont parle Fontenelle, et qui était né avec une dent d’or. Tous les docteurs de l’Allemagne s’épuisèrent d’abord en savantes dissertations, pour expliquer comment on pouvait naître avec une dent d’or. La dernière chose dont on s’avisa fut de vérifier le fait, et il se trouva que la dent n’était pas d’or. Pour éviter un semblable inconvénient, avant que de parler de l’excellence de ce poème, il serait peut-être bon de s’assurer de son existence, et d’examiner d’abord, non pas s’il est d’or, mais s’il est. Nous laissons à d’autres plus habiles le soin d’éclaircir ce fait litigieux. Aussi bien nous n’avons nul souci d’entretenir nos lecteurs de ces ignobles figures de truands que M. Hugo a tirées de la fange qui leur sert de sépulture, Dieu merci ! pour les produire à la lumière d’une noble scène ; non plus que de ce personnage sans nom qui, sous la cape, sous le froc, sous la chasuble d’archidiacre, ne cesse de poursuivre une jeune