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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/610

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ce que c’est, eux qui parlent d’adultère, et qui ont leurs maîtresses sans doute, savent-ils ce que c’est que le mariage, non pas musqué, sous les robes de Palmire, au fond d’un boudoir en lampas, mais dans les prés, au plein soleil, sur la place, à la fontaine publique, à la paroisse, et dans le lit de vieux chêne ?

Troisième objection maintenant, et j’en reviens toujours à mes Spartiates, qui étaient de francs saint-simoniens ; dites-moi un peu, je vous en prie, quelle figure auraient faite à Lacédémone les déterminés émancipateurs d’aujourd’hui qui ne veulent pas monter leur garde ? Que j’aime à les entendre au fond d’un restaurant, splendidement éclairé par le gaz, évoquer le spectre de Lycurgue au milieu des fumées champenoises ! Qu’il fait bon les admirer, le dos à la cheminée, les basques d’habit retroussées, balançant sous leur nez un verre de vin de Chypre, et nous lançant avec une bouffée de cigare un plan de réforme pour les peuples futurs ! Ne voilà-t-il pas de beaux Alcibiades, et que diraient-ils si on les prenait au mot ? Je voudrais les voir le lendemain s’éveiller dans leur république ; que leur coiffeur leur brûle un favori, ils vont pousser des cris d’angoisse ; ne voudraient-ils pas qu’on leur rasât la tête ? Et le brouet, et l’autel de Diane ? qu’en pensez-vous ? C’est quelque autre chose que le bois de Boulogne et les bals de Musard. Dites-moi un peu, sans plaisanterie, comment nous autres, peuple français, qui avons tout vu, tout bu, tout usé, tout chanté, tout mis en guenilles, même les rois ; dites-moi comment et de quel visage nous pourrions débarquer en Grèce, si non pour rebâtir Athènes ? Mais pour ne pas remonter si haut, dites-moi comment on est assez fou pour vouloir servir à nos tables des plats refroidis apportés d’Amérique ? Quel rapport entre nous et une nation vierge, imberbe encore, accouchée d’hier ? Ces boutures, qu’on nous vante, est-ce dans nos champs qu’on les veut planter, dans nos vieux champs pleins de reliques, gras du sang étranger, du nôtre., hélas ! de celui de nos pères ? Est-ce à nous qu’on parle de la loi agraire, à nous qui avons pour bornes dans nos prairies des tombes de famille ? Est-ce à nous qu’on propose un président civil, à nous qui portons encore sur les épaules les marques du pavois impérial ? Est-ce chez nous qu’on veut élire ces despotes éphémères qui règnent un ou deux ans, nous qu’une proclamation de Napoléon faisait partir hier pour la Russie ? Est-ce à nous qu’on