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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/61

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service au roi, monsieur ; le roi vous donne un régiment et signera votre contrat.

Ce fut seulement huit jours après que le mot de cette énigme fut connu de Chamilly. On apprit que Strasbourg, investi par l’armée française, venait de se rendre et était réuni au royaume. Les trois coups frappés sur le parapet annonçaient le succès d’une négociation secrète entamée entre le ministre de Louis XIV et les magistrats de Strasbourg.


§ II.
La Cathédrale. – La Salle du Concile.

Du Rhin nous nous dirigeâmes vers l’église Saint-Maurice, que décorent quelques sculptures plus bizarres que curieuses. Nous y remarquâmes surtout un saint George plongeant sa lance dans la gorge d’un dragon, qui ouvre la bouche avec tant de complaisance, qu’il semble se faire arracher une dent. Nous vîmes aussi, au-dessus du porche principal, une copie ridicule et incomplète de ce beau poème des vierges sages et des vierges folles que nous avions admiré à Strasbourg. L’église Saint-Maurice qui est livrée au culte protestant, et par conséquent sans ornemens, renferme quelques boiseries habilement ouvrées, une chaire d’un travail délicat et le tombeau d’Erasme. Mais ce qui mérite surtout d’être vu, c’est la salle où se tint le fameux concile ouvert à Bâle le 14 décembre 1431, et qui y siégea jusqu’au mois de mai 1447.

Tout le monde sait dans quelles circonstances ce concile s’assembla. Son but principal était de rétablir la paix et l’unité dans la chrétienté. Les cendres du bûcher de Jean Hus, dispersées dans la Bohème et la Hongrie, y avaient fait germer les schismes de toutes parts Les scandales de la cour de Rome et le trafic des choses saintes, entrepris en grand par les papes, dont les légats étaient devenus de véritables commis voyageurs pour la vente des agnats avaient singulièrement favorisé la hardiesse des novateurs. Le pape Eugène IV, qui occupait alors la chaire apostolique, était moins propre que tout autre à tirer l’église de cette situation périlleuse. Il eût fallu, pour tenir d’une main ferme les clés de saint Pierre, ou un grand caractère ou une grande sainteté, et Eugène ne possédait ni l’un ni l’autre. C’était une de ces natures élastiques et désarticulées qui n’ont pas d’attitude propre et qui fléchissent en tous sens, se dérobant au poids du fardeau en pliant dessous ; une de ces ames changeantes qui flottent toujours à fleur des événemens, et diminuent ou augmentent, selon l’occasion, leur lest de vertu. Qu’attendre d’ailleurs d’un homme dont