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eût dû attendre plus de gravité, par le célèbre W. Jones, qui fut depuis fondateur de la Société asiatique de Calcutta [1].

La lettre de W. Jones à Anquetil-Duperron est un modèle de cette fatuité tranchante qui dédaigne ce qu’elle ignore, et trouve toujours une épigramme à la place d’une bonne raison. Malheureusement elle est, en général, très piquante, et plusieurs pages de cet opuscule, dont un Anglais est l’auteur, semblent écrites par Voltaire. Voltaire est cité plusieurs fois avec éloge dans cette lettre, ce qui, au reste, d’après son usage, serait une raison de plus de la lui attribuer. Du reste, elle ne prouve pas plus contre Anquetil-Duperron et Zoroastre que les plaisanteries de Voltaire, parfaitement amusantes, mais portant parfaitement à faux, ne prouvent contre Moïse ou Shakspeare.

Au lieu de railler agréablement la bizarrerie de certaines formules liturgiques des livres de Zoroastre, M. E. Burnouf a cherché à comprendre ces livres antiques : il a commencé loyalement par les publier ; il a fait lithographier le texte zend pour qu’on pût le comparer avec la traduction d’Anquetil, appelant ainsi les efforts des philologues sur ces textes précieux, les premiers textes zends un peu considérables qu’on ait publiés. Puis lui-même s’est mis à l’œuvre ; il a choisi l’Yacna, ou Livre du Sacrifice, et a commencé à le traduire. Cette traduction d’un livre écrit dans une langue dont on ne possède ni grammaire ni dictionnaire, ne pouvait être qu’un laborieux déchiffrement ; aussi il en est déjà résulté, pour l’interprétation du premier chapitre seulement, deux volumes in-quarto ; mais les bases d’une étude nouvelle sont jetées, l’étude du zend est constituée scientifiquement, et l’on peut espérer de connaître un jour la doctrine de Zoroastre, dont jusqu’ici on a beaucoup parlé.

Voici avec quels secours M. Burnouf a abordé la traduction de l’Yacna :

Le texte zend, publié par lui ;

La traduction d’Anquetil, faite d’après les interprétations que lui avaient données, en persan moderne, ses maîtres de Surate, qui se servaient eux-mêmes d’une version pelvie.

4ette traduction est donc de la quatrième main.

  1. W. Jone’s Works, tom. X.