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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/576

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dissipée. Il s’arrondit, et son sein sembla éclater pour projeter au loin la gloire de ses rayons. Ainsi, antique Hélios, au sortir de la mer, il secouait son ardente chevelure sur la plage, et couvrait les flots d’une pluie de feu ; ainsi, sublime création du Dieu unique, il apporte la vie aux mondes prosternés.

Avec le soleil, la couleur, jusque-là incomplète et vague, prit toute sa splendeur ; les bords argentés des masses de feuillage se teignirent en vert sombre d’un côté, et de l’autre en émeraude étincelante. Le point du paysage que j’examinais changea d’aspect, et chaque objet eut deux faces, l’une obscure, et l’autre éblouissante ; chaque feuille devint une goutte de la pluie d’or, puis des reflets de pourpre marquèrent la transition de la clarté à la chaleur ; les sables blancs des sentiers jaunirent, et dans les masses grises des rochers, le brun, le jaune, le fauve et le rouge, montrèrent leurs mélanges pittoresques ; les prairies absorbèrent la rosée qui les blanchissait et apparurent si fraîches et si vertes, que les arbres en perdirent leur éclat. Il y eut partout sur les plantes de l’or au lieu d’argent, des rubis au lieu de pourpre, des diamans au lieu de perles. La forêt se dépouilla peu à peu de ses mystères ; le Dieu vainqueur pénétra dans les plus humbles retraites, dans les ombrages les plus épais. Je vis les fleurs s’ouvrir autour de moi et lui livrer tous les parfums de leur sein… Je quittai cette scène qui convenait moins que l’autre à l’état de mon ame et au caprice de ma destinée. C’était l’image de la jeunesse ardente, non plus celle de l’adolescence paisible ; c’était l’excitation fougueuse d’une vie que je n’ai pas vécue et que je ne dois pas vivre. Je saluai la création, et je détournai mes regards sans colère et sans ingratitude.

J’avais passé là des heures de délices ; ne fallait-il pas remercier humblement le Dieu qui a fait la beauté de la terre infinie, afin que chaque créature y puisât le bonheur qui lui est propre ? Certains êtres ne vivent que pendant quelques instans ; d’autres s’éveillent quand tout le reste s’endort ; d’autres encore n’existent qu’une partie de l’année. Eh quoi ! une créature humaine condamnée à la solitude ne saurait renoncer à quelques momens de l’ivresse universelle quand elle participe à toutes les joies du calme ! Non, je ne me plaignis pas, et je redescendis la montagne,