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lactée s’effaça sur ma tête comme une vapeur qui remonte aux cieux.

Alors l’empyrée devint comme un dôme qui se détachait obliquement de la terre, et l’aube monta chassant devant elle les étoiles paresseuses ; tandis que le vent de ses ailes les soufflait une à une, celles qui s’obstinaient à rester devenaient toujours plus claires et plus belles ; Hesper blanchissait et s’avançait avec tant de majesté, qu’il semblait impossible de le détrôner ; l’Ourse abaissait sa courbe gigantesque vers le nord. La terre n’était qu’une masse noire, dont quelques sommets de montagne coupaient çà et là l’âpre contour à l’horizon. Les lacs et les ruisseaux se montrèrent successivement comme des taches et des lignes sinueuses d’argent mat sur le linceul de la terre. A mesure que l’aurore remplaça l’aube, toutes ces eaux prirent alternativement les reflets changeans de la nacre. Long-temps, l’azur, dont les teintes variées à l’infini effaçaient la transition du blanc au noir, fut la seule couleur que l’œil pût saisir sur la terre et dans les cieux. L’orient rougit long-temps avant que la couleur et la forme fussent éveillées dans le paysage. Enfin la forme sortit la première du chaos. Les contours des premiers plans se détachèrent, puis les seconds, puis tous jusqu’aux derniers, et quand tout le dessin fut appréciable, la couleur s’alluma sur le feuillage, et la végétation passa successivement par toutes les nuances qui lui sont propres, depuis le bleu sombre de la nuit, jusqu’au vert étincelant du jour.

Le moment le plus suave fut celui qui précéda immédiatement l’apparition du disque du soleil. La forme avait atteint toute la grace de son développement. La couleur encore pâle avait un indéfinissable charme ; les rayons montaient comme des flammes derrière de grands rideaux de peupliers qui n’en recevaient rien encore et qui se dessinaient en noir sur cette fournaise. Mais, dans la région située entre l’orient et le sud, la lumière répandait de préférence ses prestiges toujours croissans. L’oblique clarté se glissait entre chaque zone de coteaux, de forêts et de jardins. Les masses, éclairées sur leurs contours, s’enlevaient légères et diaphanes, tandis que leurs milieux encore sombres accusaient l’épaisseur. Que les arbres étaient beaux ainsi ! quelle délicatesse dans les sveltes peupliers, quelle rondeur dans les caroubiers robustes,