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révolutionnaires admirables ; mais nous n’avons pas de chant national. Il serait digne de quelque compositeur honnête homme de faire sur des paroles nobles sans emphase, un chant qui pût devenir une source d’inspirations morales, exempt de cette exaltation passionnée qui, sous aucun prétexte, ne doit pénétrer dans les écoles de l’enfance, et tellement pur de tout esprit de parti qu’il pût convenir à tous les temps, à toutes les opinions, à toutes les classes de la société. J’attache une si grande importance à la culture de l’ame par la musique, que si j’étais ministre, je n’hésiterais pas à proposer un prix pour le meilleur chant national approprié aux écoles du peuple.

A propos de la musique, je ne veux pas quitter Harlem sans dire un mot de l’orgue célèbre de l’ancienne église catholique, aujourd’hui temple protestant. Cet orgue a huit mille tuyaux. Je l’ai entendu avec un véritable ravissement dans cette vieille et immense église où le calvinisme a pratiqué sans art et sans goût un second petit temple en bois autour de la chaire, pour entendre confortablement et à son aise, la parole divine, mais à laquelle il n’a pas pu ôter son orgue céleste et la puissance religieuse qui demeure attachée à son sanctuaire désert et à ses voûtes dépouillées.

Au milieu de la place publique de Harlem est la statue de Coster qu’on regarde ici comme l’inventeur de l’imprimerie.

J’ai quitté vers sept heures du soir, à regret, cette jolie ville où les soins du commerce n’ont pas détruit le goût de la nature, et où, entre M. Van den Ende et M. Prinsen, j’avais sans cesse présente l’image de M. Cuvier qui les a connus et estimés tous les deux, et qui, il y a vingt-cinq ans, loin de sa patrie et de sa famille, s’entretenait, comme moi, dans ces mêmes lieux, sur les mêmes sujets, avec ces deux mêmes hommes respectables dont il m’a parlé si souvent, et auxquels très probablement j’ai dit aussi un éternel adieu.


VICTOR COUSIN.