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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/567

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vous une maison d’une apparence modeste, mais d’une propreté exquise et vraiment hollandaise, divisée en deux parties, d’un côté une assez grande salle capable de contenir à peu près tous les enfans du village, filles et garçons, en état d’aller à l’école ; de l’autre côté, le logement du maître et de sa famille. La salle où se tient l’école est éclairée par en haut avec des ventilateurs des deux côtés. Un certain nombre de tables, où les enfans sont distribués selon le degré de leur instruction ; de l’espace entre chaque table pour laisser le maître et les élèves circuler facilement. Aux murs sont suspendus les neuf tableaux classiques de M. Prinsen, un grand tableau noir pour les exercices, un modèle des différens poids et mesures selon le système décimal, et, ce que je n’ai pas toujours vu en Allemagne, un second tableau noir où sont tracées des lignes disposées pour recevoir l’écriture de la musique et les notes qu’on veut y tracer pour la leçon du chant. On aura de la peine à le croire, mais j’atteste que ces différens maîtres d’écoles parlaient passablement le français. On a fait faire devant moi différens exercices dont ces enfans ne se sont point mal tirés. L’un des deux maîtres avait pour assistant son propre fils, enfant de quatorze ans qu’il destine à le remplacer un jour. Selon l’ancienne méthode, cet enfant n’ayant pas d’autre maître que son père, n’en saurait jamais plus que lui, et, à moins d’avoir l’esprit inventif, il s’arrêterait où son père s’est arrêté ; mais il ira à l’école normale de Harlem, et là non-seulement il recevra une instruction plus élevée, mais il pratiquera dans des écoles différentes où son esprit se développera dans la mesure de ses forces naturelles.

Je ne puis dire combien j’ai été touché d’entendre dans ces petites écoles de village répéter à la leçon de musique ce même chant national que j’avais déjà entendu dans les écoles de La Haye et de Harlem. Ce chant est partout le même. Il est simple et noble, il inspire l’amour de la patrie et du prince et porte à l’ame une foule de sentimens honnêtes. Chaque grande nation doit avoir ainsi un chant national qui se récite depuis les plus grands théâtres jusqu’aux plus humbles écoles, dans les grandes villes et dans les villages. Le God Save the king des Anglais est un beau chant de ce genre. Le chant national des Hollandais en est une imitation, et c’est un inconvénient ; car imitation et nationalité ne sont pas synonymes. Pour nous, nous avons des chants