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de l’école normale. Ces deux mille trois cents enfans sont distribués en un assez grand nombre d’écoles, pour que tous les élèves de l’école normale primaire puissent y être tour à tour exercés. Ce grand nombre d’écoles est ici nécessaire, et c’est d’ailleurs un bien. « Il ne faut pas, m’a dit M. Prinsen, et j’ai été charmé de l’entendre ainsi parler ; il ne faut pas que les écoles aient trop d’élèves. Le maître n’agit plus directement sur les élèves, ce qui pourtant est nécessaire pour que chacun d’eux reçoive une vive impression et garde un profond souvenir de l’école. Ensuite, quand chaque école a trop d’élèves, il y a un trop petit nombre d’écoles, et alors les adjoints, obligés d’attendre trop long-temps pour arriver maîtres à leur tour, se découragent, tombent dans la routine ou abandonnent leur carrière. »

Discipline. C’était là ce que j’avais le plus à cœur d’étudier, surtout dans une école normale d’externes. J’avais vu d’assez bons externats en Prusse, mais les meilleures écoles normales primaires, les admirables établissemens de Potzdam et de Brühl, sont des pensionnats [1]. En Prusse, on pense généralement que le pensionnat est plus favorable à l’éducation des jeunes maîtres, que le directeur peut exercer sur eux une influence plus grande parce qu’elle est plus constante, et qu’en ayant une ou deux écoles de degrés différens annexés à l’école normale, les élèves s’y exercent tout aussi bien que dans les écoles de la ville, séparées de l’établissement. On fait aussi grand cas, comme préparation à la vie austère du maître d’école, de la rude discipline qu’admet le pensionnat. Les élèves n’y ont pas de domestiques et se servent eux-mêmes. Et puis leur émulation est plus excitée dans la vie commune, où les capacités relatives se dessinent mieux. Enfin, il semble que l’esprit chrétien, avec les exercices dont il se nourrit, réclame un pensionnat. Telle est du moins l’opinion des plus habiles pédagogues et la pratique la plus générale de l’Allemagne. Il y a pourtant de bonnes écoles normales primaires d’externes, et moi-même dans mon rapport j’ai conseillé de commencer en France par des externats ; mais j’avoue que les externats me semblent des pis-aller, dans certaines circonstances, quand on n’a pas de bâtimens convenables et qu’on vise à l’économie.

  1. Rapport, etc., pag. 326.