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morale ni celui de ce qu’on appelle la religion naturelle. Ce serait de la métaphysique. Mais l’esprit de moralité et de religion est sans cesse excité, nourri, entretenu par tous les maîtres dans toutes les occasions. Tous les maîtres enseignent la morale et nul ne l’enseigne en particulier. Nous recevons ici des catholiques, des protestans et même des juifs ; mais ces derniers assistent seulement aux leçons sur l’ancien Testament. Les élèves juifs deviennent plus tard les maîtres des écoles spéciales que les juifs entretiennent pour les enfans de leur culte. »

Joignez ces paroles de M. Prinsen à celles de Van den Ende sur le même sujet, et vous aurez le trait le plus saillant de l’instruction primaire en Hollande, à savoir, l’absence de tout enseignement spécial de religion et même de morale dans l’éducation de l’un des peuples les plus moraux et les plus religieux de la terre. La pratique allemande est toute différente, et cette différence sort de la nature opposée de ces deux excellens pays. En Hollande, on fuit tout ce qui a l’air théorique et spéculatif comme un luxe stérile, surtout dans l’éducation, et on s’attache à la réalité, c’est-à-dire ici aux habitudes qu’on s’applique à former par un exercice continuel. Au contraire, en Allemagne, où le génie de la spéculation domine, il n’y a pas une seule école primaire élémentaire où sous les formes les plus simples la vérité chrétienne, qui est faite pour les pauvres d’esprit comme pour les savans, ne soit enseignée dans ses principes dogmatiques les plus généraux et dans ses conséquences morales, comme le ferme fondement des mœurs privées et publiques. J’incline du -côté de l’Allemagne. J’avoue que cette absolue séparation de l’école et de l’église ne me paraît pas meilleure que leur confusion. Il y aurait encore ici un juste milieu à saisir que la Hollande est loin de réaliser. Mais je continue de décrire ; je discuterai une autre fois.

M. Prinsen se charge, avec un seul adjoint, des cours les plus importans de l’école normale. Ces cours se font ordinairement le soir. Mais ce n’est pas là le véritable enseignement normal. Pendant tout le jour, les élèves sont employés comme assistans, comme adjoints et même comme directeurs temporaires, dans les diverses écoles de la ville, selon le degré de capacité auquel ils sont parvenus. Deux mille trois cents enfans fréquentent les écoles de la ville de Harlem et sont un sujet permanent d’ exercice pour les élèves