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senti que je lui faisais de la belle institution des commissions provinciales d’instruction primaire, commissions qui s’assemblent deux fois l’année au chef-lieu de la province, et sont composées, non d’amateurs et de philanthropes bénévoles, mais de la réunion de tous les inspecteurs de districts de la province. Ces inspecteurs sont des fonctionnaires qui tiennent toute l’instruction primaire entre leurs mains ; car ils sont chargés de surveiller les écoles, et par conséquent, ils sont à même d’y discerner les enfans qui montrent quelque capacité et peuvent devenir assistans ou être envoyés dans les écoles normales primaires ; ils retrouvent ces jeunes gens à l’examen de capacité dont ils sont eux-mêmes exclusivement chargés ; ils les retrouvent encore dans le concours nécessaire pour obtenir telle place spéciale, concours que préside toujours un inspecteur ; ils les suivent dans les conférences des maîtres d’école que préside également un inspecteur ; enfin ils ne les perdent pas de vue pendant tout le cours de leur carrière.

« Mais, me dit-il, et votre enseignement mutuel, qu’en faites-vous ? Espérez-vous qu’avec un pareil enseignement l’instruction puisse former des hommes primitifs ; car c’est là sa véritable fin ? Les diverses connaissances enseignées dans les écoles ne sont que des moyens dont toute la valeur est dans leur rapport à cette fin. Si on veut l’atteindre, il faut renoncer à l’enseignement mutuel qui peut bien donner une certaine instruction, mais jamais l’éducation ; et encore une fois, monsieur, l’éducation est la fin de l’instruction. »

On peut juger avec quelle satisfaction je recueillais ces paroles de la bouche d’un juge aussi compétent que M. Van den Ende. « Rien n’est plus évident, lui disais-je ; et pour moi, philosophe et moraliste, je regarde l’enseignement simultané, à défaut de l’enseignement individuel, comme la seule méthode qui convienne à l’éducation d’une créature morale ; mais, je dois l’avouer, l’enseignement mutuel jouit encore, en France, d’une popularité déplorable. » - « D’où vient cela, me dit-il, dans une nation aussi spirituelle que la vôtre ? » - D’une circonstance fatale dont les suites durent encore. Sous la restauration, le gouvernement tendait à remettre l’instruction primaire entre les mains du clergé. L’opposition se jeta dans l’extrémité contraire. Quelques hommes bien intentionnés, mais superficiels et tout-à-fait étrangers à l’instruction publique, ayant été par hasard en Angleterre dans des villes de fabrique à