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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/549

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l’organisation générale de l’instruction publique ; d’obtenir, des personnes compétentes, toutes les explications dont j’avais besoin ; puis, d’entrer dans le cœur de la Hollande, de parcourir Harlem, Amsterdam, Utrecht, Leyde, Rotterdam, et partout sur mon passage d’examiner les écoles du peuple, les écoles latines et les universités. J’étais bien aise aussi de faire visite à quelques-uns de mes compagnons d’études dans l’histoire de la philosophie grecque, et d’aller demander l’hospitalité à l’école platonicienne de Wyttenbach. Je nourrissais quelque espérance de rencontrer à Amsterdam, dans l’ancienne librairie Blaeu, et à Leyde, dans les papiers de Huygens, des fragmens inédits de Descartes. Le dirai-je, enfin ? une secrète reconnaissance m’attirait vers cette terre qui, depuis deux siècles, est l’asile de tous les philosophes persécutés, et où moi-même, à une autre époque de ma vie, j’avais pu trouver un abri [1].

Parti de Paris le 10 septembre 1836, avec mon fidèle compagnon de voyage, M. Viguier, conseiller référendaire à la cour des comptes, arrivé à Bruxelles le 11 au soir, j’étais le lendemain, à six heures du matin, sur le chemin de fer, qui, en une heure un quart, nous conduisit de Bruxelles à Anvers. Nous sommes restés à Anvers deux jours entiers, absorbés dans la contemplation des chefs-d’œuvre de tout genre que renferment le Musée, les églises, et surtout la cathédrale. Je ne veux pas faire ici le touriste. Je dirai seulement qu’il faut venir à Anvers pour se faire une idée vraie de l’école flamande, et pour connaître non-seulement Rubens, qui remplit toute la ville, mais son meilleur disciple, Van-Dyck, et son maître, Otto Venius, et le maître de celui-là, Pourbus, et ce Quentin Metsis, qui remonte jusqu’au XVe siècle, et se rattache ainsi à la vieille école des Van-Eyck, dont il a la naïveté et la vigueur. C’est encore à Anvers que je fis la découverte d’un genre de sculpture qui m’était à peu près inconnu, je veux dire la sculpture en bois. J’avais vu dans plusieurs églises de la France, surtout à Amiens, des ornemens de chœur, des stalles en bois, travaillées avec délicatesse. Mais je n’avais vu nulle part en France, ni en Allemagne, ni dans le nord de l’Italie, la seule partie de l’Italie que

  1. En 1826, après mes aventures de Berlin, sa majesté le roi des Pays-Bas m’avait fait offrir de passer à son service.