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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/528

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les mains ; et lorsque tous deux se furent lavés, Grégoire, posant sa main droite sur la tête du roi, prononça la bénédiction au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit [1].

Il y avait là, sur une table, du pain, du vin, et probablement aussi différens mets destinés à être offerts aux personnes de marque qui venaient faire au roi leurs salutations de départ. Suivant les règles de la politesse franke, Hilperik invita l’évêque de Tours à ne pas se séparer de lui sans avoir pris quelque chose à sa table. L’évêque prit un morceau de pain, fit dessus le signe de la croix, puis, l’ayant rompu en deux parts, il en garda une, et présenta l’autre au roi, qui mangea debout avec lui. Ensuite, tous les deux s’étant versé un peu de vin, ils burent ensemble, en se disant adieu [2]. L’évêque se disposa à reprendre la route de son diocèse ; le roi monta à cheval au milieu de ses leudes et de ses gens de service, escortant, avec eux, le chariot couvert qui portait la reine et sa fille Rigonthe. C’était à ces deux personnes que se trouvait alors réduite la famille royale de Neustrie, naguère si nombreuse. Les trois fils de Hilperik et de Frédégonde étaient morts l’année précédente, emportés par une épidémie. Le dernier des fils d’Audowere avait péri presque en même temps par une catastrophe sanglante, dont les sombres détails feront le sujet du prochain récit [3].

Cette scène de controverse religieuse, si bizarrement provoquée par un trait de badinage, avait, à ce qu’il semble, laissé une forte impression dans l’esprit du roi Hilperik. Durant son séjour à Paris, il ne put s’empêcher de réfléchir profondément à l’impossibilité de convaincre les juifs et de les attirer dans le sein de l’Église en raisonnant avec eux. Ces réflexions continuèrent même de le préoccuper au milieu de grands embarras politiques, et des soins de la guerre de conquête qu’il poursuivait sur sa frontière du midi [4]. Elles eurent pour résultat, en l’année 582, une préception royale qu’ordonnait que tous les juifs domiciliés à Paris

  1. Et haec dicens, aquam manibus porrigi,jubet, quibus ablutis facta oratiane.., (Gregorii Turon., Hist. lib. VI, pag. 268.)
  2. Accepto pane gratias Deo agentes et ipsi accepimus, et regi porreximus, haustoque mero vale dicentes discessimus. (Ibid.)
  3. Rex verò ascenso equite Parisius est regressus, cum conuuge et filia, et omni familia sua. (Ibid.)
  4. Voir la IIIe et la Ve de ces Lettres.