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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/515

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on vient nous offrir ; voilà ce qui se dit en Bretagne. Cependant, et ils n’ont pas tort, les partisans de l’ancienne dynastie prennent ce qu’on leur offre, sauf, plus tard, à se servir, comme ils l’entendront, des faveurs et des positions acceptées.

Les députés commencent à revenir ; ils s’informent de la situation, rapportent les impressions de leurs commettans, et le ministère conçoit de vives inquiétudes sur la session qui doit s’ouvrir dans les derniers jours de l’année. Il ne faut pas s’attendre que la chambre renverse le cabinet par une adresse ab irato ; cela n’est ni dans son tempérament, ni même dans la situation. Mais la chambre apportera des dispositions fort sérieuses à l’examen de la politique du 6 septembre ; elle sera peu disposée à se payer de lieux communs usés et de déclamations vieillies : on sent de tous côtés qu’il s’agit de savoir aujourd’hui où ira le pouvoir, s’il saura comprendre ses véritables intérêts, les avertissemens que lui envoie l’Europe par ses dédains et les refus d’alliance, la nécessité d’une influence active au profit de la cause constitutionnelle. La situation est neuve et difficile ; car, en politique, le triomphe remporté sur certains obstacles vous met en face de la nécessité d’être quelque chose par vous-même.


L’ouverture d’un second Théâtre-Français est aujourd’hui décidée ; la signature ministérielle est enfin obtenue, et M. Gasparin recueille les félicitations non-seulement de la presse ministérielle, mais bien aussi, et cela ne nous étonne nullement, celles de la presse habituée à l’indépendance et au libre jugement. Pour nous, sans apporter dans cette question aucune prévention hostile, nous attendrons l’événement, et nous ne prononcerons qu’après avoir vu à l’œuvre l’élu de M. Gasparin et les poètes qui lui promettent leur appui. Ce n’est pas timidité de notre part, c’est justice.

Notre franchise est trop connue, et a soulevé trop de récriminations, pour que nous prenions la peine d’expliquer notre attitude expectante, et le silence que nous croyons devoir garder. Nous ne réprouvons pas les éloges accordés à M. Gasparin ; mais, avant de nous mêler aux panégyristes et d’unir notre voix à ce bruyant cantique, nous pensons qu’il n’est pas inutile de peser les motifs de la décision ministérielle. Or, il faut l’avouer, MM. Victor Hugo, Casimir Delavigne et Alexandre Dumas, sollicitant l’ouverture d’un second Théâtre-Français, ressemblent volontiers à des hommes qui, au milieu de la plaine, se plaindraient de ne pouvoir respirer. Le Théâtre-Français et la Porte-Saint-Martin n’ont jamais, que nous sachions, refusé d’ouvrir leurs portes à deux battans, toutes les fois qu’il a plu à ces messieurs de dire Nous voici. Si quelqu’un a des griefs à élever contre MM. Jouslin de Lasalle et Harel, ce n’est assurément aucun de ces écrivains. Pourquoi donc MM. Delavigne, Hugo et Dumas ont-ils sollicité l’ouverture d’un second Théâtre-Français ? N’est-ce pas tout simplement pour avoir à leur disposition un directeur et des acteurs nés de leur seule volonté, pour régner sans partage et sans contestation sur une scène qui fut leur chose,