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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/394

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dans la Galice, cette mesure excita l’indignation des peuples et grossit les bandes de la foi, en Catalogne et à Valence les troupes durent veiller nuit et jour à la porte des monastères pour les préserver du pillage et du massacre. C’était ainsi que ces rigueurs soulevaient une opposition moins dangereuse encore par elle-même que par tous les mauvais sentimens auxquels elles donnaient du ressort.

La conscience du roi alarmée avait hésité à sanctionner ce décret ; et dans la solitude de l’Escurial, où il était allé chercher du repos et peut-être du courage, il fut trop facile aux anciens conseillers et aux dangereuses espérances de retrouver le chemin de son oreille et de son cœur. On exagéra les forces dont disposait la contre-révolution ; on l’offrit à sa religion comme nécessaire, à son esprit comme imminente. Un ordre étrange, adressé directement par lui au commandant militaire de Madrid, contrairement aux formes constitutionnelles, parut un indice flagrant de contre-révolution, quoiqu’il ne fût probablement qu’une tentative maladroite. La fermentation devint alors terrible, et le ministère, loin de la contenir, ne craignit pas de l’attiser en secret de tous ses moyens, dans le double but d’effrayer le monarque et de préparer, par une lâcheté, sa réconciliation avec les hommes qu’il s’était jusqu’alors efforcé de contenir.

Ferdinand vit enfin le danger provoqué par son imprudence ; il le vit dans toute son étendue, sans qu’aucune voie fût ouverte pour lui échapper. Alors, pour sauver sa tête, il mit sa couronne au service de la révolution triomphante, et revint de l’Escurial à Madrid pour régner comme Louis XVI au retour de Varennes.

Il se sépara de ses amis, des officiers de sa maison, de son majordome, de son confesseur, signant avec autant d’empressement des ordres d’exil pour tous, que des ordonnances destinées à élever les coryphées du parti exalté aux plus hautes fonctions civiles et militaires. Le commandement des principales provinces échut aux officiers de l’île de Léon, et Riego partit pour Saragosse en protégeant le gouvernement de sa clémence et de son nom. La révolution espagnole semblait aussi tendre à se faire homme, et elle choisissait à sa taille, comme la révolution française en choisissant Napoléon.

Ferdinand dévora trois mois, sans mot dire, des insultes qu’il lisait dans tous les yeux lorsqu’il ne les entendait pas sortir de toutes les bouches. Ses ministres, se tenant autour de lui comme des ennemis personnels, lui firent alors payer cher la trêve qu’ils avaient mise d’abord à leur vengeance, et leurs coups, en atteignant l’homme, démolirent ce qui resta de la monarchie. Ce supplice, qui commençait à chaque promenade pour se renouveler à chaque conseil, devint tellement intolérable, qu’il osa tenter