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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/377

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Et cependant tous ces ridicules commérages ont un effet fâcheux auprès de la diète. A l’étranger, on prend plus au sérieux ces petites intrigues dont nous rions ici. La majorité de la commission pourrait bien n’être pas favorable à la France, et quoique son organe, M. Monnard, ait un esprit aussi conciliateur qu’éclairé, néanmoins il ne pourra guère refuser une expression accentuée aux susceptibilités du patriotisme helvétique. On parle d’un contre-projet émanant de la minorité, qu’on aurait l’espérance de faire prévaloir. On dit aussi que l’Autriche et le roi de Sardaigne auraient offert leur médiation. C’est alors que les rapports naturels seraient étrangement troublés et pervertis. Se figure-t-on Vienne et Turin venant s’entremettre entre la France et les cantons, et prêchant hypocritement la paix à ces états, dont ils désirent et fomenteraient au besoin la mésintelligence ? Au reste, M. Molé aurait refusé nettement la médiation offerte ; déjà à ses yeux la médiation de l’Angleterre, dans l’affaire des créances américaines, fut chose fâcheuse : il ne veut mettre dans nos difficultés avec la Suisse, ni Londres, ni Vienne, ni Turin ; la France en effet n’a besoin de personne pour terminer ses démêlés d’une façon convenable ; elle s’entendra mieux avec son ancien allié sans intermédiaire. Puisse-t-on mettre, de part et d’autre, dans cette affaire de la franchise et de la rapidité, afin que d’autres peuples n’aient pas le temps de profiter de ces dissensions et de ces malentendus ! Déjà on parle des intrigues et des menées des Anglais, qui veulent, comme en Andalousie, exploiter, au profit de leur commerce, les troubles intérieurs.

Les bruits diplomatiques sur les mariages et les alliances projetées se sont un peu ralentis : la Gazette de Mecklenbourg annonçait, il y a quelques jours, qu’il n’y avait rien de fondé dans ce qu’on avait publié sur le mariage du duc d’Orléans avec la princesse Hélène de Mecklenbourg-Schwerin. On ne sait trop ce que signifie ce démenti. Quoi qu’il en soit, la princesse a vingt-deux ans et une beauté remarquable. Le vieux duc, son grand-père, est comme un représentant de l’antique et féodale Allemagne que le temps semble avoir oublié ; il règne depuis 1785, et compte quatre-vingts ans. Jaloux de son indépendance, il rejette fièrement le patronage et les inspirations de la Prusse et de la Russie. Il porte dans sa vie la simplicité excentrique d’un vieux gentilhomme ; il passe toute la saison d’été dans la petite ville de bains de Dobberan, située dans une vallée agreste sur la Baltique ; on le voit manger à table d’hôte avec les baigneurs, sans autre suite qu’une excellente troupe de musiciens, qui, chaque soir, donne un concert tant au prince qu’à la société des bains. Le vieux duc a beaucoup d’enfans, surtout des enfans naturels ; on dit qu’il en a peuplé ses états, et qu’il ne renonce pas encore, malgré son âge, à ce