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sont pleines de prudence. L’amiral Paget ne doit seconder le mouvement contre-révolutionnaire que s’il paraît partir de la population entière. Le ministère anglais est surveillé de trop près par le parti radical et par O’Connell pour se livrer ouvertement à ses désirs de contre-révolution. Ce n’est pas au moment où les tories épient une occasion favorable pour le renverser et se saisir des affaires que le cabinet whig peut découvrir inconsidérément ses secrètes pensées. On attendra donc, et peut-être pas long-temps, des évènemens nouveaux et décisifs. Don Miguel a quitté Rome, et ses projets fixent l’attention des puissances et de la diplomatie déjà, dans les Algarves, les bandes miguellistes sont réunies sous la conduite d’un chef entreprenant, de Remechido. Si la cause de Miguel remportait quelque grand avantage, si lui-même débarquait en Portugal, alors le casus foederis ferait à l’Angleterre une loi d’intervenir, et elle se hâterait de profiter d’une occasion qui lui permettrait de rétablir facilement la constitution de don Pedro.

Au surplus, l’Angleterre est certaine que le Portugal, quel que soit le régime qui l’attende, n’échappera pas à sa domination commerciale ; et, pour elle, c’est l’essentiel. Les formes constitutionnelles n’ont, dans sa pensée, qu’une importance secondaire ; seulement il y a une opinion publique, tant chez elle que sur le continent, qu’elle doit satisfaire, même pour ne pas donner l’éveil sur son égoïsme inaltérable. Il y aurait de la folie à méconnaître la grandeur morale du peuple anglais ; mais il est dans ses instincts de voir et de chercher, avant tout, son intérêt de commerce et d’argent. Que peut lui rapporter tel mouvement révolutionnaire ou constitutionnel chez un peuple ? Voilà pour lui la première question politique.

Nous le retrouvons encore en Espagne avec ses intrigues et ses manœuvres, pour faire la propagande de son commerce ; l’Andalousie est inondée de marchandises anglaises. Les troubles civils de la Péninsule servent de laissez-passer aux produits britanniques.

L’Espagne, qui attire sur elle les yeux de l’Europe, est soumise à une difficile épreuve. Il faudra voir si les cortès nouvelles auront dans leur sein des hommes dignes de porter une situation et une responsabilité aussi grandes. Depuis vingt-quatre ans, l’Espagne rejette successivement hors de son sein les hommes politiques qu’elle produit ; elle est privée aujourd’hui des lumières et de l’influence de ses plus grands talens parlementaires. Est-elle tellement féconde qu’elle ait encore à nous montrer une nouvelle génération de patriotes capables et purs ? Là sera le jugement de la dernière révolution espagnole qui a arboré le drapeau de la constitution de 1812. Toute révolution nécessaire produit des hommes qui ont la puissance de la servir et d’assurer son légitime triomphe. Si les nouvelles