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fondées sur les mêmes bases, dans un but identique, organisées de la même manière, et qui faisaient partie d’une association plus générale, appelée la Jeune-Europe : Le comité dirigeant de ces sociétés résidait à Paris. Leurs statuts, qu’on a découverts et publiés, sont empreints d’un mysticisme humanitaire et d’une certaine couleur religieuse qui les distinguent de plusieurs autres associations propagandistes, telles que celles dont l’existence a été révélée par divers procès depuis 1830. Mais le fond des principes est le même. Il s’agit toujours de détruire partout ce qui existe, même dans la Suisse démocratique, et de substituer aux gouvernemens constitutionnels on absolus des institutions républicaines dont les formes seules varient, selon les tendances particulières de l’esprit national [1].

D’après cela, on conçoit bien qu’il ait souvent transpiré en Suisse une connaissance anticipée, vague quant aux moyens d’exécution, aux instrumens et à l’époque, mais certaine quant au fond des choses, des sinistres tentatives qui ont plusieurs fois épouvanté la France. Ce sont des indiscrétions de conspirateurs qui ont besoin de ranimer des espérances découragées, et de préparer leurs adhérens par des demi-confidences à l’exécution de leurs ordres. On a raconté beaucoup de fables sur l’organisation des sociétés secrètes, on leur a prêté des moyens d’action qu’elles n’ont pas, on leur a supposé des forces dont elles manquent ; mais tout n’est pas mensonge ou illusion de la peur dans ce qu’on en a dit. Les sociétés secrètes ont eu la main dans une foule d’entreprises dangereuses pour le repos de la France et pour celui de l’Europe. En Suisse, elles se sont développées sur une très grande échelle et ont fait beaucoup de prosélytes parmi les ouvriers. Elles ont eu deux organes avoués de leurs opinions ; c’était en dernier lieu le journal la Jeune-Suisse, qui paraissait a Bienne, et dont les presses servaient aussi à publier un grand nombre de pamphlets incendiaires, destinés au peuple et de nature à enflammer des esprits grossiers. Le président de l’association nationale Suisse, M. Druey, conseiller d’état du canton de Vaud, a soutenu que le tir fédéral, célébré

  1. Il paraît que le comité central siégeant à Paris avait affecté sur les associations subalternes un empire tyrannique. Il est accusé, dans une des pièces saisies, de sacrifier à la suprématie d’un seul peuple les intérêts de tous les autres, et d’exploiter à son profit les sacrifices et les efforts communs.