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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/349

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en échec avec le plus d’obstination. Il n’y a pas eu, à proprement parler, de question suisse ; mais il y a eu sur le sol de la Suisse un combat d’influences rivales, qui s’appuyaient chacune sur leurs auxiliaires naturels dans les cantons régénérés et dans les cantons qui n’avaient pas subi de changemens, dans les aristocraties déchues et dans les démocraties victorieuses.

De part et d’autre, on est allé presque jusqu’au bout des deux systèmes, sans trop s’apercevoir qu’il y avait exagération des deux côtés, et qu’il serait impossible de se maintenir long-temps dans cette attitude, qui contrastait trop vivement avec le rapprochement général des intérêts européens, opéré dans une sphère plus haute. C’est un point de vue sur lequel il est d’autant plus à propos d’insister, qu’il explique d’une manière satisfaisante une partie des derniers évènemens de la Suisse, l’irritation d’un certain nombre des anciens amis de la France, l’altération momentanée de la confiance qui doit exister entre les deux pays, et les difficultés survenues tout à coup dans leurs relations.

Un gouvernement qui aurait compromis, sans motifs assez graves, l’ancienne alliance de ce pays avec la Suisse, et par conséquent l’influence légitime qu’il doit exercer sur ses conseils, serait bien coupable. Si la Suisse a besoin de la France, la France n’a pas moins besoin de la Suisse. Gardienne d’une partie essentielle de nos frontières, plus la Suisse sera étroitement alliée à la France, plus elle mettra de zèle à faire, en cas de guerre, respecter sa neutralité, qui garantit quelques-unes de nos plus belles provinces. La Suisse reçoit de nous beaucoup de produits, naturels et autres, qui lui sont nécessaires, il est vrai, mais dont notre commerce a besoin aussi de trouver le placement chez elle, et qu’elle pourrait, au moins en partie, tirer de l’Allemagne, si nos relations avec elle étaient ou long-temps interrompues, ou moins faciles. Cette considération est même devenue beaucoup plus grave qu’elle ne pouvait l’être il y a encore dix ans, par suite de l’essor industriel qu’a pris l’Allemagne et de la formation de l’union des douanes. Les états allemands limitrophes étant entrés dans cette union, il en résulte que Bade et le Wurtemberg n’offrent plus seulement à la Suisse le débouché de leur propre consommation et leurs seuls produits en échange, mais le débouché d’une consommation presque égale à celle de la France, et les