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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/338

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insurrection persévérante qui lutta pendant sept ans, le cimeterre au poing et la foi dans le cœur, elle eut pour elle l’admiration et les vœux de la France : nous lui envoyâmes de l’or, des soldats. La communauté de religion, les souvenirs de sa civilisation antique nous enflammaient pour elle ; nous voulions sauver tout ensemble la croix et le Parthénon. Néanmoins, aujourd’hui, nous tendons aux Turcs une main amie, et notre goût pour Athènes ne nous interdit pas de prêter notre appui à Constantinople. Cette impartialité nécessaire entre le Christ et Mahomet, si naturelle au génie national, doit nous inspirer aussi en Afrique, et nous y faire triompher des résistances de la race arabe.

Chrétienne, la France s’est illustrée ; elle a bien mérité de ses enfans et du monde : si elle fût restée exclusivement chrétienne, elle eût été privée des grandeurs du XVIIIe siècle et de la révolution. Monarchique, la France s’est constituée ; si elle n’eût pas pénétré cette forme monarchique par les ardeurs du génie populaire, elle n’eût pas trouvé la gloire martiale et littéraire qui est sortie de ses entrailles plébéiennes.

C’est que la loi de la France est de marcher toujours, non qu’elle ne partage cette admirable nécessité avec le reste du genre humain ; mais elle semble y satisfaire plus vivement que les autres peuples. On la dirait plus pressée d’aboutir, d’arriver à un but pour s’élancer du point qu’elle occupe à une autre conquête.

Aujourd’hui, à ce premier quart du XIXe siècle, la France doit avoir souci de trois choses : de son esprit progressif, de sa grandeur continentale, de son influence universelle.

Esprit progressif. — De toutes les nations modernes, la France est celle qui a cherché le plus ardemment l’unité et la liberté à travers maints changemens et vicissitudes : chaque siècle, elle a modifié les formes de son gouvernement ; toujours elle est sortie plus forte de ses troubles et de ses épreuves. Après la ligue, Richelieu ; après la fronde, Louis XIV ; après la révolution, l’empereur. Les forces et les principes de la société se développent de concert. Nous avons aujourd’hui une constitution qui n’est pas octroyée, mais consentie ; différence féconde dont il serait bon de reconnaître l’étendue et la profondeur, différence qui émeut aujourd’hui l’Espagne, et qui effraie les gouvernemens moins avancés. L’exemple donné par la France en 1830, est le triomphe de la volonté