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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/331

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vider la question de l’unité religieuse et politique, elle songe, avec Henri IV et Richelieu, à s’asseoir solidement en Europe ; elle choisit ses frontières et les demande à la victoire ; quand Mazarin eut transmis à Louis XIV la puissance royale, dont il avait défendu l’autorité nécessaire contre les tracasseries de la noblesse et des parlemens, la France entra dans une déduction glorieuse de conquêtes et de triomphes, suivie d’amères disgrâces, que termina cependant un coup d’éclat ; en 1712, à Denain, nous fûmes vainqueurs dans la dernière bataille, fortune qui nous fut refusée en 1815.

La paix d’Utrecht, comparée aux prospérités mêmes du règne de Louis XIV, était dure ; mais si on la rapprochait de l’état de la monarchie à la mort de Henri IV, on reconnaissait un progrès, même au milieu de nos pertes récentes. Les traités de 1712 furent pour l’Europe, vis-à-vis la France, jusqu’à la révolution française, ce que sont aujourd’hui les traités de 1815. Le XVIIIe siècle fut consacré au triomphe de l’esprit humain, dans ses droits et sa liberté ; on courut aux idées avant de courir aux armes. Mais en 92, la guerre devint nécessaire à la cause du siècle, et vingt-trois ans d’évènemens merveilleux, où la puissance humaine semble doublée, nous conduisirent aux traités de Paris, qui nous obligent aujourd’hui.

Jusqu’en 1830, la France passa quinze ans à définir ses idées et ses principes de liberté politique, dont elle assura le règne par une énergie impétueuse et soudaine : sur-le-champ l’Europe, je parle de l’instinct des peuples, conclut de la révolution à la guerre, trouvant naturel que la France passât rapidement du triomphe de sa liberté intérieure au soin de reculer un peu ses limites et d’étendre au loin son influence. La nation française reçut la même impression, car dans l’espace de quelques mois il se fit dans notre armée trente mille engagemens volontaires. Il est impossible qu’un instinct aussi unanime ait porté à faux, et nous ne conseillerions à personne de se railler des déceptions éprouvées par d’héroïques courages. On ne s’est pas trompé sur le fond, mais sur le temps, mais sur le mode des évènemens. La logique poussait les peuples à la guerre ; les intérêts particuliers enchaînaient les gouvernans à la paix. Les affaires de l’Europe étaient gérées, comme elles le sont encore, par des hommes qu’avaient fatigués vingt et un ans de guerres, de luttes ardentes, de conjonctures, de hasards extrêmes,