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les difficultés et les formalités de l’expropriation sont salas nombre. De là les répugnances bien légitimes que l’on éprouve à placer des fonds sur hypothèque, malgré l’intérêt élevé et presque usuraire dont jouissent de tels placemens. C’est, à vrai dire, les frapper de main-morte et les immobiliser.

Une réforme de la législation qui régit en France le système hypothécaire établirait peut-être la propriété immobilière dans de meilleures conditions de crédit. Toutefois, le système des placemens par actions nous paraît encore préférable. Le gage est le même dans les deux cas, la terre représentant le capital engagé ; mais il y a entre l’hypothèque et l’action foncière toute la distance d’une valeur disponible à une valeur à terme et à long terme celle-ci est un fonds mobile à la fois et consolidé, comme les emprunts hypothéqués sur telle ou telle branche des revenus publics.

Les emprunts faits par l’état, quand ils n’excèdent pas la mesure de ses ressources, ont l’avantage d’attacher plus étroitement les intérêts privés à l’intérêt général, et de resserrer la solidarité des citoyens avec le gouvernement. La dette publique est une espèce de délégation donnée à des particuliers sur l’es produits de l’impôt ; elle crée une classe de propriétaires, et une nature spéciale de propriété.

Dans l’ordre du revenu privé, la mise en société des grands domaines n’aurait pas des résultats moins avantageux. En divisant la propriété territoriale en actions, et en actions dont le taux serait accessible aux plus petites fortunes, l’on multiplierait sans inconvénient le nombre des propriétaires fonciers ; carda division de la propriété n’entraînerait plus le morcellement du sol. Les titres se distribueraient entre mille possesseurs, ou se concentreraient dans trois ou quatre gros portefeuilles, que rien ne serait changé à l’harmonie de l’exploitation.

Les simples laboureurs pourraient échanger leurs épargnes contre une ou plusieurs actions et prendre part à la possession ainsi qu’au travail. Quoi de plus vrai et de plus solide en même temps qu’une combinaison qui fait des employés d’une entreprise autant d’intéressés aux bénéfices de la production ? dans ce système il n’y a plus deux classes d’hommes, les maîtres et les ouvriers ; tout le monde travaille et tout le monde possède : chacun a part, dans la