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ETAT ET TENDANCE


DE


LA PROPRIETE


EN FRANCE




Rien ne prouve mieux à quel point la France diffère de la Grande-Bretagne, par ses tendances sociales, que le mouvement et l’état de la propriété dans les deux pays. Ici l’on rencontre la plus extrême concentration, et là le plus extrême morcellement. D’un côté de la Manche, le sol, possédé par un petit nombre de propriétaires et exploité par un petit nombre de fermiers, est, pour ainsi dire, en dehors du domaine commun ; de l’autre côté règne la loi agraire, chacun a sa part de cette propriété déchirée en lambeaux. Il semble que la Providence ait voulu donner l’Angleterre et la France en exemple, celle-ci de l’égalité poussée jusqu’à ses dernières conséquences, celle-là des excès et des abus de l’inégalité.

Dans le royaume uni comme sur le continent, la grande propriété est d’origine féodale. Ce fut la conquête qui, réunissant les terres en fiefs, en forma de vastes héritages immobilisés dans les familles par la loi. Mais partout ailleurs, et à mesure que la loi est devenue