Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/291

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



SUR L’ISLANDE.




IV.


LES SAGAS.


----


À MONSIEUR VILLEMAIN,
SECRÉTAIRE PERPETUEL DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE.


Le mot saga vient de segia (dire), [1] il signifie récit, tradition, non pas la tradition écrite, mais verbale, ce qui se dit, ce qui se raconte ; la causerie de la veillée, l’entretien d’un ami. Ainsi s’est faite d’abord la saga, ainsi s’est faite toute tradition nationale, sans effort et sans prétention littéraire. Le soir, au coin du feu, sous le chaume du laboureur, ou sous la tente du soldat, le vieillard répétait ce qu’il avait entendu dire à son père, et les jeunes gens recueillaient ses paroles avec attention pour les transmettre ensuite à leurs enfans ; et le récit, simple et austère, passait de bouche en bouche aussi fidèlement que s’il eût été écrit par un moine patient sur un palimpseste, ou imprimé comme un livre classique par un

  1. Ce mot se retrouve dans toutes les langues germaniques : allemand, sagen ; danois, sige ; suédois, saga ; hollandais, zeggen ; anglo-saxon, soeggan et seegan ; anglais, say. Les Allemands emploient le mot sage dans le même sens que les Islandais. Les frères Grimm l’ont illustré par leurs Deutsche sagen.