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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/273

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charpentier, l’apôtre de l’amour et de la liberté, c’est l’humanité, c’est Dieu lui-même que les Juifs ont mis en croix ; et loin de rougir du forfait de leurs pères, les enfans y persévèrent ; ils le renouvellent chaque jour et crucifient encore, dans leur cœur, le Christ dans les chrétiens.

Ma nocturne méditation fut tout d’un coup troublée par le cri du muezzin ; invisible sur son minaret, il appelait les fidèles endormis du sommeil à la prière, et cette voix lente et monotone, à laquelle les chiens errans répondaient par des hurlemens lamentables, avait je ne sais quoi de lugubre et d’étrange au milieu des ténèbres. Préoccupé que j’étais des Juifs et de leurs catastrophes, il me sembla entendre une de ces voix mystérieuses et prophétiques qu’on ouït sur les synagogues au siège de Jérusalem, annonçant le triomphe des Romains et la chute du temple.

Mes compagnons vinrent m’avertir qu’il se faisait tard et qu’il était temps de retourner au logis.


CHARLES DIDIER.