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ses aïeux ; les plus sales rues des plus sales villes lui suffisent, pourvu qu’il y thésaurise ; à ce prix, il se résigne aux derniers outrages, aux persécutions les plus ignominieuses, sans qu’un cri de révolte soit jamais sorti de ces lèvres scellées par la peur, sans que nulle pensée d’indépendance ait jamais visité dans ses fers cet esclave oublieux de la liberté. Il a perdu le sentiment et jusqu’au souvenir de sa dignité ; sa résignation séculaire n’est que de la lâcheté, son humilité de l’abjection. Il oppose la ruse à la violence ; il répond au mépris par une haine implacable, mais sourde.

Type de l’égoïsme endurci, le Juif persiste avec un opiniâtre acharnement dans son étroite personnalité ; il s’est fait une vie à part au milieu des hommes ; indifférent à leurs douleurs comme à leurs joies, il ne tient à eux que par les liens de la bourse ; il pourrait à la longue s’en créer d’autres, il pourrait se rallier aux intérêts supérieurs de la société ; il ne le veut pas, il ne sent le besoin ni du commerce de l’intelligence ni de l’échange des affections. Il ne saurait comprendre le dévouement ni s’élever à l’enthousiasme. Son ame, que rien n’amollit, est fermée à toutes les sympathies sociales ; il est sans entrailles, comme il est sans grace et sans grandeur. Il peut, à force de patience, d’astuce et d’agio, faire de monstrueuses fortunes ; mais comment en use-t-il ? et quel profit le monde et sa propre caste en ont-ils jamais retiré ? Quel Juif eut jamais la pensée d’illustrer son nom par quelque fondation généreuse, quelque action magnanime ? L’amour de la gloire, qui est une vertu chez les nations, est inconnu à cette race abandonnée des hommes et de Dieu.

Voilà pourtant ce qu’est devenu ce peuple qui a creusé dans le passé un sillon si profond, et qui fut si long-temps le peuple de Dieu. L’histoire n’a pas d’exemple d’une pareille chute. Une destinée si terrible et le phénomène d’une dispersion à jamais mémorable ont frappé si fortement les imaginations populaires, qu’elles se sont précipitées dans le merveilleux et ont élevé un fait historique au rang des miracles. On vit là une intervention directe, une volonté expresse, immédiate, de la Providence ; le peuple d’Israël devint une espèce de Caïn réprouvé, marqué au front, comme le premier meurtrier du monde, du signe de Dieu et condamné comme lui à une éternelle proscription. C’est qu’aussi le crime fut abominable, et nulle expiation ne paraît trop dure. En tuant le fils du