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acceptable que par le côté ridicule. Pour ma part, je l’avoue, je supprimerais avec plaisir Mme d’Herbigny et Melcourt, et je pense que la pièce, débarrassée de ces deux personnages, ne marcherait pas plus mal.

Que dire de Fanny ? Pourquoi cette jeune fille, qui, au premier acte, parle de son amour pour Julien ; renonce-t-elle subitement au mariage qu’elle espérait ? Dans quelle intention l’auteur a-t-il dessiné ce personnage ? A-t-il voulu montrer le danger de l’exemple, et l’inconstance de Fanny s’explique-t-elle par la conduite de Marie ? Peut-être ; dans tous les cas cette explication n’est pas évidente. Mais Fanny est plus qu’inutile, elle nuit à l’intérêt de la pièce, car elle avilit M. Forestier. Si elle ne ment pas, et nous avons lieu de croire qu’elle dit vrai, M. Forestier a voulu faire de Fanny sa maîtresse : il a voulu oublier, dans une intrigue d’antichambre, les bouderies et la tristesse de sa femme. Le personnage du mari était déjà bien assez plat par lui-même, sans avoir besoin d’une pareille atteinte. Quoique je répugne à voir les valets et les femmes de chambre intervenir dans les drames de famille, j’aurais consenti à ce que Fanny prît parti pour ou contre Marie, plutôt que de la voir convoitée par M. Forestier. Cet épisode ne hâte ni ne ralentit la pièce, mais excite chez Marie un dégoût bien naturel, et achève de perdre M. Forestier dans l’esprit du spectateur. Comment souhaiter une femme fidèle à celui qui veut séduire sa servante ? Mme Forestier fût-elle coquette et inconstante au premier chef, trompât-elle son mari avec une effronterie sans exemple, en vérité, nous ne saurions le plaindre, car il a pris soin d’avance de nous rassurer. Quoi qu’il arrive, il se consolera facilement. Si sa femme lui manque, il trouvera dans sa maîtresse un dédommagement à ses chagrins ; et, comme il n’est pas difficile dans le choix de ses amours, il n’a pas même à redouter l’infidélité de Fanny. Peut-être Mme Ancelot n’avait-elle pas prévu la portée de ce rôle ; mais je crois qu’il serait difficile de l’amnistier. Voulait-elle accumuler sur la tête de Marie tous les malheurs à la fois, pour que rien ne manquât à la grandeur de son martyre ? Si elle avait créé Fanny dans cette pieuse pensée, je la plaindrais sincèrement ; car un tel personnage, loin d’ajouter au relief de l’héroïne, ne peut que souiller l’air que Marie respire.

Avec ces personnages, que je suis loin d’admirer, Mme Ancelot