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prononcent les sermens que la conscience ne ratifie pas. Il y a donc de sa part une double déloyauté ; déloyauté envers sa fille, qu’il devrait éclairer sur les conséquences du sacrifice, déloyauté envers son gendre, qu’il trompe en ne lui révélant pas la vérité. N’eût-il à consulter que sa probité commerciale, il devrait hésiter avant de signer le contrat ; car ; en échange d’un capital nécessaire à l’honneur de son nom, il livre une femme qui, selon toute apparence, ne tiendra pas sa promesse, et qui, par conséquent, dans l’ordre des idées commerciales, fera de lui un banqueroutier. On me dira que de pareilles subtilités n’ont pas cours à la Bourse de Paris, je le crois volontiers ; mais, dans ce cas, il conviendrait peut-être de ne pas mettre en scène les spéculateurs de la Bourse.

M. Forestier, le gendre de M. Serigny, a le même défaut que son beau-père, la vulgarité. Mais cependant il n’est pas aussi blâmable, car il ne trompe personne, et montre en toute occasion une crédulité inébranlable. Associé avec son beau-père dans plusieurs entreprises hasardeuses, placé mieux que personne pour connaître la situation réelle de M. Serigny, il lui ouvre sa bourse avec une confiance digne de l’âge d’or ; il ne songe pas à se demander, si Marie pourra l’aimer, ce qui semblerait naturel à un homme ordinaire. Mais M. Forestier est trop bien au courant des doctrines mondaines pour s’inquiéter d’une pareille question. Il est riche, il a dans sa caisse de quoi donner à sa femme un hôtel, un équipage et un château ; que lui faut-il de plus pour compter sur l’amour de Marie ? Dans son ménage, il se conduit avec un aveuglement miraculeux. Mais il est riche, et les parures qu’il prodigue à sa femme lui répondent de sa fidélité. Il reçoit chez lui un jeune homme que Marie connaissait avant de se marier. Il devrait surveiller avec une égale sollicitude les amitiés et les bouderies de sa femme. Mais il se laisse duper comme un oncle de comédie et prend au sérieux les paroles de Marie. Il va jusqu’à la gronder, et court au-devant du malheur qui le menace. Il prend Charles par la main, et le ramène vers sa femme avec une obstination vraiment exemplaire. Il se donne un mal infini pour obliger Marie à faillir. Toutefois, je lui pardonne de grand cœur les niaiseries sans nombre qu’il récite pour réconcilier Charles et Marie, car il a dans sa richesse un argument qui répond à tous les reproches. Il a passé sa vie à emplir sa caisse ; il