Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/199

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Peuple, rappelle-toi, debout sur ce rivage,
Ainsi qu’un vendangeur qui revient de l’ouvrage,
Quand tu lavais ton front parmi ces joncs penchés.

Dans la voix de l’Écho ta voix résonne encore ;
Les gnômes féodaux du drapeau tricolore
Vont aiguiser la lance, au bord des vieilles tours.
Pour toi plus d’une coupe, en ton nom promenée,
Quand les verroux sont clos, de houblon couronnée,
Se vide et se remplit des regrets des vieux jours.

Assis sur la montagne où s’amasse l’orage,
Ainsi qu’un bon pasteur qui garde un héritage,
Je suis des yeux ces flots moins vagabonds que moi,
Je respire en passant les roses qui fleurissent,
Je compte sur le cep les raisins qui mûrissent,
Et les petits chevreaux qui grandissent pour toi.

Cependant, à mes pieds, sous l’ombrage qui tremble,
Chevreaux, vignes, moissons et fleurs croissent ensemble.
Vieux murs, fleuves, forêts, tours, gothiques vitraux,
Barques de pélerins, chants des cloches bénies,
Pour les enchaîner tous aux mêmes harmonies,
Il ne faut que le chant des frêles chalumeaux.

Mais, si tu l’oubliais le fleuve de ta gloire,
Peuple au long avenir, à la courte mémoire,
Au lieu des chalumeaux, une trompe d’airain,
La nuit, le jour, semblable à celle de l’archange,
Jusqu’à ta sourde oreille où tout s’efface et change,
Immense, porterait l’immense écho du Rhin.

EDGAR QUINET.