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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/195

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Si une assemblée politique était formée des membres des universités allemandes, on serait étonné des vues avares et personnelles qu’un tel corps laisserait paraître.

Dans l’isolement où vivent, en Allemagne, la plupart des savans quand leur propre enthousiasme ne les occupe plus, des amours-propres insondables se développent sous cette bonhomie blonde et candide. Chez nous, en France, la vanité est un sentiment frivole, et qui peut être distrait par intervalles. De l’autre côté du Rhin, l’absence de tout évènement politique, permet à chacun de se contempler, s’il le veut, sans avoir jamais à tolérer la moindre comparaison avec le monde extérieur. Ainsi isolée, la vanité, si elle s’allume, devient une passion profonde, consciencieuse, religieuse, un culte de soi-même qui porte tous les caractères du fanatisme. Malheur à celui qui méconnaîtrait le dieu retiré sous la figure d’un conseiller intime de Cassel ou de Gotha !

Vous avez, sur le chemin d’Alep, trompé la foi d’un Arabe du désert. Sa vengeance est prête ; il vous poursuit. Mais votre cheval va vite ; le désert est franchi, votre salut est assuré. Vous avez contredit un savant d’outre-Rhin sur les poids et mesures du troisième Pharaon ; vous lui avez montré qu’il s’abuse de la valeur d’un siècle, et que sa citation de Diodore est erronée ; bien plus, la preuve a été publique, le déshonneur patent. N’espérez plus ni paix ni trêve. Pour vous dérober à cette haine implacable, ni votre vaisseau ni votre cheval ne sont assez rapides. La mort même ne vous en défendra pas. Si vous lui échappez vivant, comptez qu’il barbouillera d’encre votre squelette.

Il reste à la science allemande une phase à parcourir, et un progrès à accomplir. Ce progrès consistera à se dépouiller des formules et à quitter la scolastique. Il faut que cette Minerve paresseuse descende de l’Empirée pour lutter avec le siècle, qu’elle éprouve sa force dans les questions où l’époque actuelle est plongée. Si au lieu d’une déesse, elle n’est qu’une faible femme, comme Clorinde, ses premiers coups la trahiront.

La conséquence générale de tout ce qui précède, c’est qu’à mesure que l’Allemagne s’éloignera du pur idéalisme, elle perdra de plus en plus son originalité au milieu de l’Europe. Ce que nous aimions en elle, c’était son esprit cosmopolite et impartial qui possédait le secret de toutes les formes, l’aspiration élevée de son génie,