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presse, et supprime les journaux, ni plus ni moins que Charles X par ses ordonnances. A côté des habitudes d’ordre privé et de travail que j’admire, je vois des penchans effrénés au désordre politique et à la destruction. A côté de l’esprit religieux qui semble promettre au pays une inébranlable stabilité, j’aperçois des germes de révolution qui grossissent à vue d’œil. L’avenir de ce pays est une énigme dont Dieu seul sait le mot. »

Le successeur du général Jackson aura une tâche bien difficile et une immense responsabilité ; il faudra qu’il réprime ces mauvais instincts qui se font jour, et cependant, sorti, selon toute probabilité, du sein de la démocratie pure, il faudra qu’il respecte les erreurs et les exigences du parti démocratique. Le temps approche où ce successeur sera nommé, et tout porte à croire que ce sera M. Van Buren, que l’opposition désigne déjà par le nom d’héritier présomptif, parce que le général Jackson, prenant encore en cela le contre-pied de ses prédécesseurs, l’a ostensiblement désigné au choix de ses concitoyens, et a travaillé pour lui la matière électorale. M. Van Buren est l’homme des États-Unis qui ressemble le moins au général Jackson. Il n’est point militaire et ne l’a jamais été ; sa vie publique s’est passée tout entière dans les conseils législatifs ou dans les hautes fonctions administratives. Il a été pendant long-temps membre de la législature de l’état de New-York ; il a été sénateur des États-Unis, gouverneur de l’état de New-York, secrétaire d’état (premier ministre), ministre en Angleterre. C’est un politique consommé. Il est d’une prudence admirable, d’une patience qui n’est comparable qu’aux emportemens du général ; aussi souple et aussi conciliant que son protecteur est intraitable et prompt à entamer les hostilités. Ses manières sont à l’image de son tempérament. On a donné au général Jackson le surnom d’Old-Hickory, du nom d’un bois dur qui ne rompt pas ; on a au contraire appelé M. Van Buren Slippery-Elm, l’orme pliant : le général est souvent qualifié de lion rugissant ; M. Van Buren est appelé le petit magicien, le petit van ( hale van). Le général et M. Van Buren forment un mariage parfait par dissemblance. Ils se complètent l’un l’autre : les angles rentrans du second s’adaptent à merveille aux angles saillans du premier. Au plus fort de la guerre de la Banque, le général avait à écouter les députations envoyées pour lui adresser des remontrances, et, par