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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 8.djvu/129

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de prudence, une initiative qui sait échapper au découragement. Jusqu’ici, M. Mendizabal s’est montré révolutionnaire intelligent et modéré ; il accepte franchement le mouvement constitutionnel, mais il refuse à un club démagogique l’autorisation de s’ouvrir et de se constituer ; il accepte le nom, l’origine, le drapeau de la constitution de 1812, mais il veut la réformer avec les lumières de l’époque, des cortès et de la nation.

Madrid semble seconder la gestion politique de M. Mendizabal, qui est le véritable chef du cabinet, bien que Calatrava, vieillard énergique et probe, ne renonce pas à toute influence directrice. Ces deux hommes se fortifient et ne se font pas obstacle. La garde nationale a choisi pour ses chefs et ses officiers les citoyens d’un patriotisme intelligent et modéré ; les anarchistes connus ont été écartés. Ce fait rapproché des élections des cortès faites sous le ministère Isturitz, élections modérées sous l’empire d’une loi démocratique, peut faire croire et espérer qu’en Espagne la liberté pourrait rester encore puissante et pure, si la France et l’Angleterre s’étaient montrées fidèles aux engagemens contractés, au traité de la quadruple alliance dont elles avaient pris spontanément l’initiative. Quel n’aurait pas été l’effet positif et moral de la défaite de Gomez, si, en même temps que le général Alaix le battait en plaine, douze à quinze mille Français s’étaient avancés contre Villareal ! Le général Alaix, qui commande maintenant la division d’Espartero, est un Catalan, âgé de quarante ans, homme énergique et courageux, sachant vivre avec le soldat, partager ses privations, faire les mêmes marches, et devant à cette conduite une popularité qui ne compromet pas la discipline. Il a remporté à propos un avantage dont les résultats moraux sont inappréciables pour la cause constitutionnelle. L’Espagne libérale ne doit compter que sur elle, et renoncer à toute espérance de secours et d’appui de la part de la France. La condition de l’avènement du ministère du 6 septembre a été l’abandon de la question espagnole, qui n’est même plus discutée dans le conseil. L’envoi de M. Septime de Latour-Maubourg, comme ambassadeur à Madrid, est destiné à couvrir tout ce que nos rapports avec l’Espagne ont d’irrégulier, de trompeur et d’inconstitutionnel. Personnellement M. Septime de Latour-Maubourg appartient plutôt à la cause de la révolution qu’aux traditions doctrinaires ; il envoya, il y a six ans, de Vienne, sa démission de secrétaire d’ambassade, à la première nouvelle des ordonnances qui violaient la Charte. Il arrive aujourd’hui à une ambassade de première classe, où il n’a d’autre mission que de porter le refus péremptoire du roi Louis-Philippe d’intervenir en Espagne. Le nouvel ambassadeur ne trouvera à Madrid aucun des hommes politiques qui avaient reparu dans les affaires de la Péninsule depuis quelques années.