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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.


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30 septembre 1836.


L’opinion publique ne s’est pas trompée quand elle a baptisé le nouveau ministère du double nom Molé-Guizot. Nous avons vraiment aujourd’hui un cabinet en partie double, dont chaque moment doit accroître les discordes et les divisions. Sous la bannière de M. Molé se sont rangés le général Bernard, MM. Martin (du Nord), Persil et Rosamel. Ce sont les hommes politiques. En face est l’armée doctrinaire, composée du général et de deux soldats : M. Guizot, M. Duchâtel et M. Gasparin ; encore ce dernier est-il suspect, et parait-il incliner quelquefois du côté de M. Molé. M. Duchâtel est, heureusement pour lui, plus financier qu’homme de parti ; en sorte que M. Guizot n’a vraiment d’appui fidèle et sûr que M. de Rémusat, qui n’a pas voix au conseil, et qui assiste seulement aux délibérations particulières des ministres entre eux.

Depuis six ans, le vœu le plus cher de M. Guizot a toujours été de former un cabinet homogène qui pût se mouvoir et agir comme un seul homme ; plus d’une fois il s’est cru à la veille de réaliser ses espérances, et toujours cette unité tant rêvée lui a échappé comme une ombre fugitive. Aujourd’hui il nous semble plus éloigné que jamais de l’objet de son ambition. Jamais M. Guizot ne retrouvera un président aussi commode, aussi bien dans ses intérêts et ses convenances, que M. le duc de Broglie ; M. Duchâtel, qui par sa capacité financière augmente tous les jours son