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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/96

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visiblement leur cours dans nos villages ; et le temps n’est peut-être pas loin où l’on pourra les compter comme des raretés bibliographiques.

La multitude des livres qui ont la prétention d’enseigner, ne permet plus de distinguer ceux qui sont faits avec talent et probité. En masse, ils servent à répandre de vagues notions sur ce qu’il n’est plus permis d’ignorer, suivant une orgueilleuse expression de ce siècle. Mais ils sont sans autorité morale, et réduits à un rôle tout passif, quand ils devraient dominer les esprits et les affermir dans une direction. On se demande alors sous quelle influence se produit ce qu’on appelle opinion publique. Pour résoudre le problème, il faut se reporter à ce qui a été dit précédemment, qu’au sein de l’association française, on trouvait plusieurs nations, chacune ayant sa loi et ses prophètes. Mais en même temps un centre commun s’est créé par le rapprochement de tous ceux qui jouissent d’un privilége, quel qu’il soit d’ailleurs, emploi ou noblesse, beauté ou fortune, intrigue ou talent. C’est là le peuple des salons, la bonne compagnie, le MONDE ! Il mérite bien cette dénomination absolue, puisqu’il donne le mouvement et entraîne dans son système tous les mondes secondaires. On sait maintenant à quelle école se forme la caste dominatrice. Ses lumières et ses préjugés, ses répugnances et ses sympathies, ses argumens pour et contre chaque chose, lui sont fournis par les ouvrages dont la forme est agréable et de bon ton : car elle fait mode et plaisir de tout. Si son langage se modifie, c’est qu’il prend les couleurs d’un poète. La discussion ne s’établit sur un principe que lorsqu’elle a été ouverte par un écrivain éloquent. L’histoire ne lui est guère connue que par ce qu’elle prête à la peinture et à la scène, à moins qu’elle ne devienne elle-même drame et tableau. On peut enfin dire sans exagérer que, bonne ou mauvaise, l’éducation de la société active s’accomplit par les arts de sentiment et d’expression.


BEAUX-ARTS

On ne rencontrera pas dans ce groupe un seul traité de sérieuse esthétique. Les productions de cet ordre ne mûrissent qu’à longs intervalles ; et d’ailleurs, ceux qui ont épuré leur sentiment en pratiquant la religion de leur art, ont de la répugnance à vulgariser les procédés créateurs du génie. Ils ont trop à craindre de ces gens qui font une impertinence de la meilleure idée, en se l’appropriant.

Quand les artistes ont recours à la presse, c’est surtout pour accompagner leurs dessins de textes explicatifs. 81 publications n’ont donc fourni que 781 feuilles typiques. Mais pour concevoir l’importance de cette division, il faut faire le compte des planches gravées, et considérer les grands et beaux ouvrages qui sont comme autant de musées enrichis par les mains les plus habiles.