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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/768

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joie serait de conquérir une archiduchesse avec la houlette d’un berger.

Quant à nos princes, ils visitent le tombeau du duc de Reichstadt Vienne, qui leur renouvelle l’accueil de Berlin. Il parait, du reste qu’il s’agirait en ce moment de rendre à l’Allemagne couronnée bals pour bals et politesse pour politesse. Le roi et les princes de Prusse, un archiduc et d’autres illustres invités assisteraient prochainement aux fêtes splendides que Fontainebleau et Compiègne préparent. Dès à présent le prince de Saxe-Cobourg nous arrive accompagné de ses deux fils : l’un, dit-on, déjà le futur fiancé de la princesse Victoria. Le roi Léopold est également attendu à Paris ; mais c’est là une simple visite de famille.

Nous ne mentionnerions pas le voyage de la princesse de Lieven aux eaux de Carlsbad, si elle n’y devait rencontrer la duchesse d’Angoulême. L’illustre ambassadrice, qui a si gracieusement prêté son oreille gauche aux confidences de la révolution de juillet, a dû certainement garder son oreille droite pour les doléances de la légitimité. Charles X s’est aussi de son côté, mis en route. Le vieux roi va établir sa résidence près de Goritz. La cour de Vienne reprend le château de Prague, dont elle a besoin, attendu qu’il est très propre aux petits congrès mystérieux.


La quinzaine, politiquement si féconde, a été littérairement et dramatiquement bien stérile. Le seul ouvrage digne et de haute portée qu’elle ait produit, c’est la seconde partie des Critiques et Portraits littéraires de M. Sainte-Beuve. Ce n’est pas ici le lieu de parler convenablement de ce beau livre. Prosateur et poète de premier ordre, M. Sainte-Beuve ne doit pas être examiné à la légère. C’est largement qu’il faut critiquer sa critique si vraie, si artiste, si équitable, et en même temps si clémente.


Le Théâtre-Français, au lieu de songer à divertir son public et de lui offrir des pièces tolérables, s’est beaucoup amusé de révolutions intérieures qui ont abouti au renouvellement de la dictature de M. Jouslin de Lasalle. A la bonne heure ! que M. Jouslin de Lasalle soit dictateur pourvu qu’il restaure un peu l’art et le drame.

Le nouveau ballet de l’Opéra, le Diable boiteux, n’a pas affiché de bien ambitieuses prétentions. Il ne veut qu’occuper les yeux et faire patiemment attendre la rentrée de Mlle Taglioni et la reprise des Huguenots. En somme, c’est un bel album de décorations. C’est l’exhibition de lanterne magique sur une immense échelle.


Nous ne terminerons pas sans répondre un mot à certaines insinuations malveillantes répandues contre l’un de nos collaborateurs. Ce n’est