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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/766

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frappé d’inertie et d’impuissance ? Mais dès que son pied revenait toucher : seulement le sol natal, toute sa force lui était rendue ; il redevenait lui-même, c’est-à-dire ce qu’il veut être présentement, ce que son intérêt et son avenir lui commandent d’être toujours.

Le langage du gouvernement et le vote de la chambre dans la question d’Alger n’ont surpris personne ; les sympathies nouvelles du cabinet reconstruit avaient dicté d’avance ses paroles et marqué sa ligne d’action ; quant aux petits instincts économiques de nos honorables députés, on savait qu’ils ne se hasarderaient point à lutter contre ce grand courant de volonté nationale qui pousse à une large colonisation, guerrière aujourd’hui, pour être pacifique un jour. Nul ne prévoyait à quelles déclamations allait s’abandonner, à propos de la nationalité arabe, une partie de la doctrine durant tout le débat.

Et d’abord voilà que s’élance, armé de pied en cap, un homme raisonnable autrefois, un éclectique, M. Duvergier de Hauranne, on peut le nommer. Voilà qu’il s’élance : il va, il va ; où va-t-il ? Il va en Afrique, il va en Alger. Sa digestion est mauvaise depuis quelques mois, son humeur est pire : il a force lances à rompre ; c’est pourquoi tout ennemi lui est bon, même un ami. Il ne s’inquiète pas s’il y a des Arabes à pourfendre ; c’est à nos généraux, c’est à notre armée, c’est à nos soldats qu’il s’en prend. Nos soldats d’Alger sont, en effet, des barbares : à l’école des Bédouins, ils ont surpassé leurs maîtres ; ils n’ont plus ni foi ni loi ; ils ne respectent plus de sexe ! Or, M. Duvergier de Hauranne s’est fait redresseur de torts, vengeur de la veuve et de l’orphelin. Aussi, vous voyez, il redresse et il venge tant qu’il peut : il ne ménage pas nos troupes. Quel carnage, seigneur doctrinaire ! laissez debout ceux qui restent. Mais M. Thiers a bientôt désarçonné le malencontreux chevalier, jadis philosophe.

Ce premier tournoi fini, on croit que c’en est assez de chevalerie, et qu’il n’y a plus qu’un budget à voter ; mais M. Guizot se lève, et demande solennellement la parole pour le lendemain.

M. Guizot est en scène, silence ! En vérité, le silence est profond : on entend très bien la voix de l’orateur ; mais sa pensée n’est guère accessible ; on suppose seulement qu’il adopte un moyen terme, et veut rester neutre entre l’armée française et l’armée arabe. Toutefois, près de conclure, il devient plus clair. D’une part, il réprimande doucereusement le zèle de ses amis ; de l’autre, il gratifie l’administration d’une certaine somme de conseils aigre-doux. Mieux lui eût valu demeurer inintelligible jusqu’au bout ; car M. Thiers n’a pas tardé de rembourser généreusement le donneur d’avis : quant aux amis, ils gardent des paternelles censures du maître une reconnaissance qu ils témoigneront vite.

Sérieusement ces étranges exhibitions, à propos d’Alger, ont été doublement