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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/760

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un peu relâchée. Si l’article était resté là où il a paru, c’est-à-dire hors de France, nous l’y aurions laissé à l’usage des préjugés tories et des vanités littéraires nationales qu’il caresse ; mais puisqu’on a jugé à propos de nous le reproduire en France comme une pièce qui a quelque intérêt et quelque gravité, il nous a été naturel d’en dire notre avis. Au reste, un seul ouvrage où un sentiment vrai, une situation touchante, une idée digne d’être méditée apparaîtraient sous des formes qui auraient attrait et fraîcheur, servirait plus la cause du goût et de la morale délicate que toutes ces discussions et récriminations stériles que pour cette raison nous nous hâtons de clore. Ceci soit dit sans faire bon marché pour notre nation de cette faculté de vraie critique qu’elle a toujours, possédée et dont elle n’est pas si dénuée aujourd’hui. C’est en France encore (que les reviewers étrangers daignent le croire) que les ouvrages qu’on lui reproche de faire naître sont le plus promptement, le plus finement critiqués, raillés, sinon par écrit toujours, partout ailleurs, en causant, au coin d’une rue ou d’un salon, dans la moindre rencontre de gens qui à demi-mot s’entendent. Athènes enfin n’est pas si anéantie qu’on s’en vante là-bas : elle existe, je ne dis pas à l’Académie tous les jours, ni dans le gros des journaux ; mais bien qu’éparse, c’est un plaisir de plus de la savoir là et de la retrouver. Que si l’auteur de l’article ou autres de son bord me demandaient où se dérobent par hasard ces coins d’Athènes, je me garderais bien de le leur dire. Quand des gens comme ceux-là surviennent en tumulte, il faudrait avant tout, si l’on était sage, se tenir coi dans le plus petit des buissons de l’Hymète, leur abandonnant à discrétion toute la Béotie et même tout le Péloponèse.


S.-B.